‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 39 sur 184 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

ouvertures de paix que lui faisait faire Cortez, et ne pouvait supporter l’idée de se soumettre aux oppresseurs de son pays, déterminé à ne pas survivre à sa ruine. Les Espagnols avançaient toujours. Enfin les trois divisions à la fois pénétrèrent jusqu’à la grande place qui était au inilieu de la ville, et s’y logèrent. Les trois quarts de Mexico se trouvaient en leur puissance; le reste était si pressé que les habitants désespérèrent de pouvoir résister à des ennemis qui les attaqueraient désormais avec plus d'avantages encore et plus de moyens de succès. Les nobles, empressés de sauver la vie d’un monarque qu’ils respectaient, obtinrent de Guatimosin qu’il quitterait sa capitale qu’on ne pouvait plus défendre, et qu’il se retirerait dans les provinces éloignées de l'empire, où il pourrait encore exciter les peuples à la défense commune et combattre avec moins de désavantage. Pour faciliter l’exécution de ce projet, ils tâchèrent d’amuser Cortez par des propositions de paix, afin que Guatimosin pût s’échapper pendant le cours de la négociation. Mais Cortez avait trop de discernement et de sagacité pour se laisser tromper par leurs artifices. Pénétrant leur dessein, et persuadé qu’il lui était très important d’en empècher l’exécution, il avait confié à Sandoval, sur la vigilance duquel il pouvait compter entièrement, lecommandement des brigantins, avec ordre de veiller sur les moindres mouvements de

27 juillet.

Il est fait prisonnier.

13 août.

La ville se rend,

l'ennemi. Sandoval, attentif à exécuter ces ordres, ayant observé quelques grands canots remplis d’Indiens, qui traversaient le lac avec une extrême rapidité, donna le signal de la chasse; Garcia Holguin, qui commandaitle brigantin le plusléger, les ayant bientôt atteints, était prêt à faire fou sur le plus avancé qui semblait porter un homme auquel le reste obéissait. A l'instant les rameurs élevèrent leurs rames, et tous ceux qui étaient dans le canot, renonçant à faire aucune résistance, le conjurèrent, avec des pleurs et des cris, d'arrêter ses gens, parce que l’empereur était parmi eux. Holguin se saisit sur-le-champ de sa proie. Guatimosin, se remettant entre ses mains, le pria avec dignité d’épargner les insuites à l’impératrice et à ses enfants. Le malheureux prince, conduit devant Cortez, ne montra ni la férocité sombre d’un barbare, ni l’abattement d’un suppliant. « J'ai rempl, dit-il à l’Es- « pagnol, le devoir d’un roi; j’ai défendu mon peu- « ple jusqu’à la dernière extrémité. Il ne me reste « qu'à mourir. Prends ce poignard, continua-t-il, « en mettant la main sur celui de Cortez, enfonce- « le dans mon sein, et termine une vie qui ne peut « plus être utile '. »

Aussitôt que le sort du monarque fut connu, la résistance des Mexicains cessa, et Cortez prit pos-

(r) Cortez, Relat,, 279. B. Diaz, chap. 156. Gomara, Cron. cap. 142. Herrera, Decad. III, lib. IE, cap. 5.

LIVRE CINQUIÈME. 7 session de la partie de la capitale qui n’était pas encore détruite. Ainsi fut terminé le siége de Mexico, le plus mémorable événement de la conquête de l'Amérique. Il avait duré soixante-quinze jours, dont presqu’aucun ne s'était passé sans quelque effort extraordinaire de la part des assaillants ou des assiégés pour l’attaque ou la défense d’une ville du destin de laquelle les uns et les autres savaient que celui de l’empire entier dépendait. La défense avait été plus vigoureuse et la lutte plus égale qu’en aucune autre action , entre les habitants del’Ancien- Moude et ceux du Nouveau. Les talents de Guatimosin, le nombre de ses troupes, la situation avantageuse de sa capitale, avaient balancé la grande supériorité de la discipline et des armes des Espagnols, qui se seraient vus forcés d'abandonner leur entreprise, s’ils n’eussent été secondés par des secours étrangers. Mais Mexico fut perdu par la jalousie des villes voisines, qui redoutaient sa puissance, ct par la révolte des sujets de l'empire, das du joug qu’ils portaient. Leurs secours mirent Cortez en état d'exécuter un projet qu’il n’eût peut-être pas osétenter, s’ileût été réduit àses propres forces. Si le compte que nous venons de rendre de la réduction de Mexico fait disparaître le merveilleux dont

(r) Mexico fut pris le 13 août 152r, cent quatre-vingt-seize ans après sa fondation par les Aztèques, et cent soixante-neuf ans depuis qu'elle était devenue la capitale d'un empire qui avait été gouverné par ouze souverains, Voir Clavigero. (Stor. ant. del Mess! (D, T. R.)

4521 les historiens espagnols ont embelli le récit de cet événement, en montrant des causes simples et naturelles où ils ne voient que les exploits romanesques de leurs compatriotes, on y trouve d’un autre côté des motifs d'admirer encore plus les grands ‘talents de Cortez, qui, avec toutes sortes de désavantages, eut l’art d'acquérir sur des nations qui n’entendaient pas sa langue un ascendant assez puissant pour Îles faire servir d’instrument à l'exécution de ses desseins*.

Espérances La joie que ressentirent les Espagnols du succès de ue de cette périlleuse entreprise fut d’abord excessive ; la médiowité Mais elle se calma bientôt lorsqu'ils se virent frusdu butin. trés des espérances chimériques qui les avaient animés à braver tant de difficultés et de dangers. Au lieu de ces richesses inépuisables , sur lesquelles ils comptaient en devenant maîtres des trésors de Montézuma, et de l’or de tant de temples, toute leur avidité ne put rassembler, du milieu des rui-

. y . . + nes et de la désolation d’une ville immense, qu’un

butin fort peu considérable * Guatimosin ; prévoyant sa destinée, avait rassemblé toutes les richesses laissées par ses ancêtres, et les avait fait jeter dans le lac. Les indiens auxiliaires s'étaient (x) Voyez la note 5.

(2) L'or et l'argent, selon la relation de Cortez (Rald. 280, A.), ne

montèrent qu'à 120,000 pesos, valeur bien inférieure à celle que les Espagnols avaient précédemment partagée entre eux à Mexico

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