LIVRE CINQUIÈME
Espagne". La découverte d’un pays si étendu aurait fait honneur à tout autre qu’à lui, mais elle n’ajouta rien à la gloire de Cortez, et ne satisfit pas les grandes espérances qu’il avait conçues”. Dégoûté par de mauvais succès auxquels il n’était pas accoutumé , et las de voir toujours opposés à ses vues des gens avec lesquels il trouvait honteux pour lui d’être obligé de contester , il retourna une seconde fois en Espagne* pour demander ce qu’il croyait lui être dû.
Il n’y reçut pas laccueil que ses services et même la décence seule le mettaient en droit d’espérer. La gloire de ses anciens exploits était déjà en partie oubliée ou éclipsée par celle des nouvelles conquêtes plus récentes et plus importantes faites sur d’autres points de l'Amérique. On: n’attendait plus rien d’un homme déjà avancé en âge, et qui commençait à être malheureux. L'empereur le reçut poliment, mais froidement. Les ministres le traitèrent tantôt avec légèreté, et tantôt avec insolence. Ses plaintes ne furent pas écoutées. 1l fit valoir inutilement ses droits. Après avoir perdu plusieurs années à solliciter les ministres et les magistrats, occupation aussi ennuyeuse que mortifiante
(x) Voÿez la note tr.
(2) Herrera, Decad. P, lib. VIII, cap. 9, 10; Decad. PIIT, lib. VI, cap. 14. Veneyas, Hist. of Californ. 1, 125. Lorenzana, Hist. pag. 322, etc.
(3) En 1540, suivant Orellana. (D. L. R.)
poûr un homme d'un caractère altier, qui jusque là avait presque toujours commandé, Cortez finit ses jours le à décembre 1547, dansla soixante-deuxième année de son âge'. Sa destinée fut semblable à celle de tous ceux qui se sont illustrés par des découvertes ou des conquêtes dans le Nouveau-Monde. Envié par ses contemporains, et mal récompensé par le souverain qu’il avait servi, il a été admiré et célébré par les siècles suivants. Pour se former une juste idée de son caractère il suffit de considérer avec impartialité toute la suite de ses actions.
(1) Suivant Fernand Pizarre Orellana, (Varones ilustres del Nuevo- Mundo.) p. 122, Cortez accompagna l’empereur Charles Quint dans son expédition contre Alger en 154r. Il avait l'intention de finir ses jours à Mexico, et il était au moment de passer en Amérique lorsqu'il mourut à Castilleja de la Cuesta, près de Séville, le à décembre 1554, à l’âge de soixante-trois: ans. Cortez étant né en 1485, suivant Orellana lui-
même, d'accord sur ce point avec Herrera, ce grand homme aurait eu à sa mort soixante-neuf ans. (D. L. R.)