‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 64 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

ces bornes étroites Manco-Capac exerça une autorité absolue. Ses successeurs, à mesure que leur domination s’étendit , s’arrogèrent les mêmes droits sur leurs sujets. Leur despotisme était aussi absolu que celui-des souverains de l’Asie. Les incas étaient respectés, non-seulement comme des monarques, mais comme des divinités. Leur sang était regardé comme sacré, et ne fut jamais souillé par aucun mélange , tout mariage étant défendu entrele peuple et la race des incas. Leur famille, demeurant ainsi séparée du reste de la nation, en était distinguée par l'habillement et par des ornements qu'il était défendu à tout autre de porter. Le monarque ne se montrait lui-même qu'avec des marques de sa royauté, dont l’usage était réservé à lui seul, et recevait de ses sujets des témoignages d’un respect qui allait presque jusqu’à l’adoration.

Mais entre les mains des monarques péruviens ce pouvoir sans bornes fut, dit-on, toujours uni à un soin tendre pour le bonheur de leurs sujets. Si l’on en croit les Indiens, ce n’est pas la passion des conquêtes qui poussa les incas à étendre leur empire, mais le desir de répandre les avantages de la civilisation et les connaissances des arts parmi les peuples barbares qu'ils soumettaient. Pendant une succession de douze rois ', aucun ne

(x) Gieca de Leon, Cron. cap. 44. Herrera, Devad. I, lib. X, cap, 43 Decad, P, lib. HE, cap, 17.

s'écarta, disent-ils, de ce caractère de bienfaisance.

Lorsque les Espagnols abordèrent pour la première fois à la côte du Pérou, en 1526, Huana-Capac, le do::zième monarque depuis la fordation de l’empire, était sur le trône. On nous le représente comme un prince qui réunissait les talents militaires aux

vertus pacifiques qui distinguaient ses aïeux. Il soumit le royaume de Quito * conquête qui doubla presque le pouvoir et l'étendue de l'empire. Il vou- ‘lut résider dans la capitale de cette belle province, et, contre la loi ancienne et fondamentale de la monarchie, qui défendait de souiller le sang royal

par aucune alliance étrangère, il épousa la fille de roi de Quito, qu'il avait vaincu. Il en eut un fils, nommé Atahualpa , à qui il laissa ce royaume à sa mort, qui paraît avoir eu lieu à Quito vers 1529 . Huascar , son fils aîné , par sa mère, qui était du sang royal, eut pour son partage le reste de ses états. Quel que fût le respect des Péruviens pour la mémoire d’un monarque qui avait régné avec plus de gloire qu’aucun de ses prédécesseurs , la di’ position d’Huana-Capac pour la succession à l’empire parut si contraire à une maxime aussi ancienne

(1) Ce fut, suivant, Garc. de la Vega, pendant la vie de son père, Capac-Inca-Yupanqui, que Huana ou Huayna-Capac soumit le royaume de Quito. (D. L.R.)

(2) En 1523, suivant l4#rt de vérifier les dates, t. X°, p. 153. (D. L. R.)

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