LIVRE SIXIÈME
ter dans sa marche. Les Espagnols en s’avançant apprirent quelque chose de la division qui partageait le royaume; mais ils n’en furent bien instruits que par des envoyés d’Huascar à Pizarre, à qui ce prince demanda du secours contre Atahualpa comme contre un rebelle et un usurpateur'. Pizarre comprit d’abord l’importance de cette ouverture, et prévit si nettement tous les avantages qu’il pouvait retirer de la guerre civile qui divisait le royaume, que, sans attendre le renfort qui devait lui arriver de Panama, il se détermina à s’avancer pendant que la discorde intérieure mettait les Péruviens dans l’impossibilité de l’attaquer avec toutes leurs forces, espérant lui-même qu’en prenant la défense de l’un des compétiteurs, selon les circonstances, il pourrait plus aisément les opprimer tous les deux. Quoique la valeur et l'audace fussent les qualités distinctives des Espagnols de ce siècle, et que Pizarre possédât ces qualités au plus haut degré, nous ne pouvons guère supposer qu'après s'être avancé jusqu’à ce moment avec beaucoup de lenteur et de précaution , il n’eût pas eu un motif nouveau pour changer si subitement son système d’opérations, et pour embrasser un plan si hardi et si dangereux.
Comme il était obligé de partager ses troupes, État de ses
afin de laisser à Saint-Michel une garnison suffisante pour défendre ce poste aussi important comme (1) Zarate, lib. II, cap. 3, ELLE 9
forces.
place de retraite ', en cas d'événement , que comme port où devaient arriver les secours qu’il attendait de Panama, il commença sa marche avec une troupe peu considérable et en assez mauvais état, Elle consistait en soixante-deux cavaliers * et cent deux fantassins, dont vingt étaient armés d’arquebuses et trois de mousquets. Il dirigea sa route sur Caxamalca , potite ville à douze journées de distance de Saint-Michel, .et où Atahualpa était campé avec une grande partie de ses troupes. Il n’avait fait encore que peu de chemin, lorsqu'un officier dépêché par l’incas vint à sa rencontre avec un riche présent de ce prince, qui lui offrait son amitié et le faisait assurer qu’il serait bien reçu à Caxamalca. Pizarre, employant l’artifice déjà mis en usage par ses compatriutes en Amérique, se donna pour l’an-
bassadeur d’un prince puissant, et déclara qu’il s’avançait ayec l'intention d’offrir à Atahualpa son secours contre les ennemis qui lui disputaient le trône °. |
Opinions des Les Péruviens, ne pouvant se faire aucune idée
Péruviens sur 7 à .
lé yrolets dés du véritable objet que les Espagnols avaient en vue
Espagnols. en entrant dans leur pays, s’épuisaient en conjectures. Devaient-1ls regarder ces étrangers comme des êtres d’une nature supérieure qui venaient à
(x) U y laissa 55 hommes et en partit le 24 septembre 1532; #rt de vérifier les dates, t. X, p. 2113 (D. L. R.)
(2) Voyez la note 15.
(3) Herrera, Decad. PV, lib. 1, cap. 3. Xerès. ». 189.
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