‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 67 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

eux pour leur faire du bien ou pour punir leurs crimes , ou bien comme des ennemis de leur repos et de leur liberté? Les protestations des Espagnols qui ne cessaient de dire qu’ils étaient venus apporter aux Péruviens la connaissance de la vérité, et les conduire dans le chemin du bonheur, donnaient quelque vraisemblance à la première opinion; mais ils étaient rejetés dans la seconde par les violences, la rapacité et la cruauté de ces terribles hôtes. Dans cette incertitude, la déclaration que Pizarre fit de sesintentions pacifiques dissipa les craintes de l’incas et le détermina à recevoir les Espagnols en amis. En conséquence on les laissa traverser paisiblement un désert sablonneux entre Saint-Michel et Motupé, où le plus petit effort d’un ennemi, joint à la détresse où ils se trouvaient en s’avancant dans un si mauvais pays, aurait pu leur être fatal'. De Motupé ils s’avancèrent vers les montagnes qui environnent la partie basse du Pérou, et passèrent par un défilé si étroit etsi inaccessible, qu’un petit nombre d’hommes aurait pu le défendre contre une armée nombreuse. Mais là encore, par l’imprudente crédulité de l’incas, ils ne rencontrèrent aucun obstacle, et prirent tranquillement possession. d’un fort construit pour défendre ce passage important. À leur approche, Atahualpa leur fit renouveler les assurances de son amitié et leur en donna des gages en leur envoyant

(r) Voyez la note 16.

1582 des présents plus riches encore que les premiers. I arrive à À son entrée dans Caxamalca, Pizarre prit pos- Caml session d’une grande cour ou place, dont un des côtés était formé par une maison que les historiens espagnols appellent le palais de l’incas, et l’autre

par un temple du soleil, le tout environné d’un fort rempart deterre. Après avoir établi ses troupesdans

ce poste avantageux, il dépêcha Fernand Soto et

son frère Ferdinand au camp d’Atahualpa, éloigné

de la ville d'environ une lieue. Ils étaient chargés

de confirmer les assurances que Pizarre avait déjà données de ses dispositions pacifiques et de deman-

der une entrevue avec lincas, afin de lui expliquer

plus au long les intentions que les Espagnols avaient

eues en venant dans son pays. Ils furent reçus avec

les attentions de l’hospitalité que les Péruvienseus-

sent pu employer à l'égard de leurs meilleurs amis,

et Atahualpa leur promit qu’il irait dès le lendemain visiter leur commandant dansson quartier. Le main-

tien décent du monarque, l’ordre qui régnait à sa cour, le respect avec lequel ses sujets approchaient

de sa personne et exécutaient ses ordres, étonnè-

rent les Espagnols, qui n’avaient encore rien vu en Amérique au-dessus des petits caciques de quelques tribus sauvages. Mais leurs regards s’attachèrent bien davantage sur les imruenses richesses étalées avec profusion dans le camp du monarque. Les ornements que portaient sur leurs personnes l’incas et

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LIVRE SIXIÈME. 137 les gens de sa suite, les vases d’or et d'argent dans 1552 lesquels le repas qu’on leur donna fut servi, la multitude d’ustensiles de toute espèce, faits de ces précieux métaux, furent pour eux un spectacle qui surpassait toutes les idées d’opulence que pouvait se former un Européen du seizième siècle.

À leur retour à Caxamalca , l'imagination encore Perfidie mééchauffée du spectacle dont ils avaient été témoins mes nb et leur cupidité s’exaltant de plus en plus, ils firent à leurs compagnons une description si séduisante de ce qu'ils avaient vu, que Pizarre se confirma dans la résolution qu’il avait déjà prise. Il savait, par les observations qu’il avait faites sur les mœurs des peuples du Nouveau-Monde, aussi bien que par l'exemple de Cortez, de quelle conséquence il pouvaitêtre pour lui de se saisir dela personne del’incas. Pour en venir à bout, il forma un plan qui demandait autant d’audace que de perfidie. Au'mépris du caractère qu’il avait revêtu en. s’annonçant comme l'ambassadeur d’un grand monarque qui recherchait l'alliance de l’incas, au mépris des assurances répétées d'amitié qu’il lui avait données et des offres de service qu’il lui avait faites, il résolut de se prévaloir de la simplicité confiante avec laquelle Atahualpa comptait sur ces protestations, ot de s’emparer de la personne de ce prince dans l’entrevue à laquelle il l'avait invité. 11 prépara l’exécution de son plan aussi froidement et avec aussi peu de seru-

1532 pule que si cette trahison n’eût pas dû faire un jour sa honte et celle de son pays. Il divisa sa cavalerie en trois petits escadrons, sous le commandement de Ferdinand son frère, de Soto, et de Benalcazar. Il ne fit qu'un corps de son infanterie; seulement il garda près de sa personne vingt de ses plus déterminés soldats pour le seconder dans la périlleuse entreprise qu’il se réservait. L’artillerie qui consistait en deux pièces de canon de campagne", et les arquebusiers furent placés vis-à-vis du chemin par \ lequel l’incas devait arriver. Tous reçurent ordre de ne pas sortir de leurs postes et de ne faire aucun mouvement qu’on ne leur donnât le signal de l’action.

16 novemb. Dès le grand matin tout le camp des Péruviens Vide futen mouvement; mais comme Atahualpa voulait rend l’incas. , P paraître avec la plus grande magnificence dans sa première entrevue avec ces étrangers, les préparatifs de sa marche furent si longs que le jour était déjà fort avancé lorsqu'elle commença; et même alors elle se fit avec tant de lenteur, pour que l’ordre n’en fût pas troublé, que les Espagnols, s’impatientant et craignant que quelque soupçon de la part d’Atahualpa ne fût la cause de ce retardement, Pizarre lui dépêcha un deses officiersavec de nouvelles assurances de ses intentions amicales. Cependant l’incas s’approchait. Il était précédé de quatre cents hommeshabillés uniformément, qui faisaient l'office

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(r) Xerès, p. 194.

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