LIVRE SIXIÈME
douceur et de respect que démentaient ses actions. 1532 En vivant parmi les Espagnols l’incas démêla bientôt la passion qui les dominait et qu’ils ne prenaient pas la peine de cacher; il crut pouvoir la faire servir à se procurer la liberté. Il offrit aux Espagnols une rançon qui les étonna, malgré tout ce qu'ils connaissaient déjà de la richesse de son royaume. La chambre oùil était gardé avait vingt-deux pieds de long et seize de large; il s’engagea à la remplir de vases et d’ustensiles d'or jusqu’à la hauteur où un homme peut atteindre. Pizarre accepta sans hésiter des offres si séduisantes, et l’on tira une ligne sur les murs de la chambre pour marquer la hauteur à laquelle le trésor promis devait s'élever. Atahualpa, transporté de joie par l'espoir de recouvrer sa liberté, prit sur-le-champ des mesures pour remplir son engagement. Il envoya des messagers à Cusco, à Quito, et dans tous les lieux où l'or était en plus grande abondance, soit dans les temples , soit dans les palais des incas, et les chargea de rapporter directement à Caxamalca le prix qu'on mettait à sa rançon. Quoiqu'il fût prisonnier chez ses ennemis , les Péruviens étaient si accoutumés à respecter tous les ordres de leurs souverains, qu’ils obéirent avec la plus grande promptitude. Calimés par l'espérance de voir leur roi bientôt libre, ils ne voulurent pas mettre sa vie en danger en formant la moindre tentative pour le dé-
4552 livrer ; ct, quoique les forces de l'empire fussent encore entières, on ne fit pas de préparatifs, on n’assembla pas d'armée pour venger les insultes faites à l’état et au souverain’. Les Espagnols demeurèrent . « Q Las: “a tranquilles à Crxanéles Pizarre envoya dans les guols visitent provinces éloignées de petits détachements qui, Reg loin de trouver aucune résistance , furent partout magro arrive l'EÇUS avec des témoignages de respect et de souavec un ren- »h1ss1on ?
fort. NT . n ‘Quelque peu considérables que fussent ces détachements et quelque desir qu’eût Pizarre de connaître un peu l’intérieur du pays, il se serait bien gardé d’affaiblir ainsi son corps de troupes s’il
Décembre. n’avait pas reçu dans le même temps la nouvelle
qu’Almagro était débarqué à Saint-Michel avec un
renfort qui allait presque doubler ses forces *. L’ar-
rivée de ce secours si long-temps attendu était aussi alarmante pour l’incas qu’agréable aux Espagnols.
Le monarque prisonnier voyait le pouvoir de ses ennemis s’accroître; et, comme il ne connaissait
ni d’où venaient ces étrangers, ni par quels moyens
ils étaient conduits au Pérou, il lui était impossible
de prévoir jusqu'où pouvait aller l’inondation qui
4583 fondait sur ses états. Tandis qu’il était tourmenté Huascar est de ces inquiétudes, il apprit que quelques Espaun gnols marchant vers Cusco, avaient rendu visite
(r) Xerès, 205.
(2) Voyez la note 10.
(3) Xerès, 204. Herrera, Decad. P, lib, HI, cap. 1, 2.