LIVRE SIXIÈME
défenses Pizarre vit arriver un si grand nombre 1535
d’aventuriers, qu’en se mettant en marche pour Cusco, il se trouva à la tête de cinq cents hommes, après avoir laissé à Saint-Michel une garnison imposante sous le commandement de Benalcazar. Les Péruviens avaient assemblé plusieurs gros corps de troupes pour s'opposer à ses progrès. On livra plusieurs combats, qui se terminaient comme toutes les actions entre les Européens et les Américains; il y avait un petit nombre d’Espagnols tués ou blessés , et les Américains étaient mis en fuite chaque fois.avec un grand carnage. À la fin Pizarre entra dans Cusco et en prit possession. Les trésors qu'on y trouva, reste de ce que les Péruviens avaient détourné ou caché, soit par une vénération superstitieuse pour les ornements de leurs temples, soit en haine de leurs avides vainqueurs, excédèrent en valeur ce que ces derniers avaient reçu pour la rançon d’Atahualpa. Mais, comme les Espagnols étaient à cette époque familiarisés avec la richesse du pays et que le butin fut partagé entre un plus grand nombre d’aventuriers, ce partage, malgré la part considérable qui fut distribuée à chacun, n’excita pas le même étonnement que le premier ‘.
Pendant cette marche à Cusco, le fils d’Atahualpa, que Pizarre traitait comme incas, vint à mourir; et comme les Espagnols ne lui substi-
(1) Voyez la note 20.
1555 tuèrent personne, les droits de Manco-Capac au
trône parurent être alors universellement reconnus".
Conquête Tandis que les troupes de Pizarre étaient ainsi
P*° occupées, Benalcazar , gouverneur de Saint-Michel,
alvazar,
officier brave et entreprenant, rougissait de son
inaction et brûlait de se signaler parmi les conqué-
rants du Nouveau-Monde. Un corps de troupes
fraiches, arrivé fort à propos de Panama et de Ni-
caragua, le mit en état de satifaire sa passion pour
les entreprises. Après avoir laissé des forces suffi-
santes pour la sûreté de l'établissement naissant
confié à ses soins, il se mit à la tête du reste * et
partit dans l'intention de soumettre Quito, où, se-
lon le rapport des Péruviens, Atahualpa avait laissé
la plus grande partie de ses trésors. Il y avait une
grande distance de Saint-Michel à cette ville, et la
marche était pénible dans un pays montagneux et
couvert de bois ; il fut souvent et vivement attaqué
par les meilleures troupes du Pérou, conduites par
un chef habile. La valeur, la bonne conduite et la
constance de Benalcazar surmontèrent tous les ob-
stacles et il entra victorieux dans Quito. Mais il éprouva une grande mortification, Les habitants , -
connaissant par leurs malheursmêmesla passion do-
minante de leurs ennemis et le moyen de la tromper,
(1) Herrera, Decad, P, lib, V, cap. 2.
(2) Gent quarante hommes tant d'infanterie que de cavalerie, selon
Herrera; deux cents hommes dont quatre-vingts cavaliers, selon Zarate. (D.L.R))
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