LIVRE SIXIÈME
fut apportée par quelques-uns des officiers d’Alma- 1559
gro qui avaient quitté ce pays à l’époque de cette dernière révolution, et qui racontèrent les faits avec toutes les circonstances défavorables aux Pizarre; leur ambition, leur mépris pour leurs engagements les plus solennels, leur violence et leur cruauté furent peintes avec toute la malignité et l’exagération de l'esprit de parti. Ferdinand Pizarre, qui arriva bientôt après et qui se montra à la cour avec une magnificence extraordinaire, travailla à cffacer ces impressions et à se justifier lui-même et ses frères, en représentant Almagro comme l’agresseur. L'empereur et ses ministres, sans être. en état de décider avec certitude lequel des deux partis était le plus coupable, virent clairement les suites funestes qu’on devait attendre de ces dissentions. Il était bien manifeste que, tandis que des gouverneurs chargés de l’administration des deux colonies naissantes emploieraient l’un contre l’autre des forces destinées à les défendre contre l’ennemi commun, le bien public ne serait plus rien pour eux, et que les Indiens pourraient profiter de leurs divisions pour exterminer les vainqueurs et les vaincus. Mais il était plus aisé de connaître le mal que de trouver le remède. Les informations qu’on avait reçues étaient si incomplètes et si suspectes, le lieu de la scène était si éloigné, qu'il était presque impossible de prescrire à une administra-
teur la conduite qu’il devait suivre, et, qu'avant qu'aucun plan approuvé en Espagne püt être suivi au Pérou, l'exécution pouvait en devenir très funeste par le changement des circonstances et de la situation des partis.
VacadeCastro L'empereur se vit donc obligé d'envoyer au Pérou
po un homme revêtu de pouvoirs très étendus et pres-
pouvoirs, que arbitraires, qui, après avoir observé l’état des affaires par lui-même et recherché sur les lieux la conduite des différents chefs, fût autorisé à établir la forme de gouvernement qu’il jugerait la plus avantageuse à la métropole et à la colonie. Christoval Vaca de Castro fut choisi pour cet important emploi. Il était juge de l’audience royale de Valladolid ; et ses talents, son intégrité, sa fermeté justifièrent le choix de son souverain. Ses instructions, quoique très amples, ne le liaient pas dans ses opérations. Selon les circonstances, il pouvait revêtir différents caractères. S’il trouvait le gouverneur encore vivant, il ne devait prendre que la qualité de juge pour conserver l'air d’agir de concert avec lui, et ne pas blesser un homme qui avait si bien mérité de son pays. Mais si Pizarre était mort, il était muni de provisions qu’il produirait et qui le nommaient son successeur au gouvernement. Cette attention pour Pizarre semble pourtant avoir été l'effet de la crainte de son pouvoir plutôt qu'un témoignage d'approbation donné à sa conduite :
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