LIVRE SIXIÈME
personne les fonctions de général de toutes les troupes combinées. Quoique attaché par la profession qu’il avait exercée jusqu'alors à une vie pacifique et sédentaire, il montra tout de suite l’activité et le coup d'œil décisif d’un officier accoutumé depuis long-temps à commander. Se voyant maître de forces bien supérieures à celles de son cunemi, il voulut terminer promptement la guerre par une bataille, Les partisans d’Almagro, n’espérant aucun pardon du crime atroce qu'ils avaient commis en massacrant le gouverneur , ne cherchaient pas eux-mêmes à éviter ce genre de décision. Les deux partis se rencontrèrent à Chupas, lieu distant d'environ deux cents milles de Cusco, et combattirent avec toute la violence des guerres civiles et toute la fureur des haines particulières, animées encore par le desir de la vengeance‘et les derniers efforts du désespoir. La victoire longtemps incertaine se déclara enfin pour. Vaca de Castro. La supériorité du nombre, l’intrépidité du général et les talents militaires de François de Carvajal, oflicier formé sous le grand capitaine dans les guerres d’Italie, et qui jeta dans cette journée les fondements de sa réputation au Pérou, tiomphèrent de la bravoure des partisans d’Almagro et de celle de leur chef, qui se conduisit avec un courage digne d’une meilleure cause et d’une autre destinée, Le carnage fut grand , eu égard au
16 septembre.
Sa victoire.
Sa sévérité,
nombre des combattants. Plusieurs des vaincus, et particulièrement ceux qui avaient trempé dans l’assassinat de Pizarre, se jetèrent au milieu des ennemis pour éviter une mort honteuse. De quatorze cents hommes qui formaient le nombre des combattants des deux armées , il en demeura cinq cents sur le champ de bataille, et le nombre des blessés fut encore plus considérable.
Les talents que Vaca de Castro avait déployés dans le conseil et sur le champ de bataille avaient étonné les aventuriers du Pérou; mais sa conduite après la victoire ajouta encore à leur surprise. Dispensateur sévère de la justice, par caractère , il était d’ailleurs persuadé qu'il fallait des exemples d’une rigueur extraordinaire pour arrêter l'esprit de licence répandu parmi des militaires si éloignés du centre de l'autorité. Son premier soin fut de faire faire. le procès à ses prisonniers. Quarante furent condamnés à mort comme rebelles, et les autres bannis du Pérou. Leur chef, qui s'était sauvé du champ de bataille, ayant été trahi par quelquesuns de ses officiers, fut publiquement décapité à Cusco ?, et avec lui furent éteints et le nom d’Al-
(1) Zarate, 46. P, cap. 12-19. Gomara, cap. 148. Vega, p. 2, üb. III, cap. 11-18. Herrera, Decad. VII, lib. 1, cap. 1, 2, 3; Gb. II, cap. x, 2°
(2) Au commencement de 1543, dans la vingt-quatrième année de son âge, sur la même place et par le mine bourreau qui avait tranché la tête à son père, environ cinq ans auparavant. (D. L. R.