LIVRE SIXIÈME
pour le requérir de licencier ses troupes et de se 15W rendre à Lima avec quinze ou vingt personnes de sa suite seulement , puisqu'ils avaient déjà accordé tout ce qu'il pouvait désirer. Ces magistrats ne pouvaient guère se flatter qu'un homme qui avait autant d'audace et d'ambition que Pizarre cédât si facilement à une pareille demande. Ils ne voulaient sans doute que jeter un voile de décence sur leur propre conduite; car Cepeda, président de la cour d'audience , esprit remuant et hardi , paraît avoir entretenu une correspondance secrète avec Pizarre et nourrissait le projet, que depuis il exécuta, de se dévouer entièrement à lui. L'emprisonnement du vice-roi , l'usurpation de l'autorité par les juges , enfin la confusion générale et l'anarchie, suites naturelles d'événements si singuliers et si inattendus, ouvraient à Pizarre une nouvelle carrière. Il se voyait à portée de s'emparer du pouvoir suprême , et ne manquait pas de courage pour saisir l'occasion que la fortune lui présentait. Carvajal, son conseil et son guide, envisageait depuis long-temps ce but comme le seul auquel Pizarre devait tendre. Au lieu du pouvoir subordonné de lieutenant pour le roi dans les établissements espagnols du Pérou , Pizarre demanda ouvertement celui de gouverneur et de capitainegénéral , et requit le conseil ou l'audience de Lima de lui donner une commission avec ce titre. Une
1ll\ HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
AbHh pareille requête était un ordre de la part d'un
s empare ilomme qUj sc trouvait à la tête de douze eents ♦ le 1 autorité. x
hommes aux portes de Lima , où il n'y avait ni chef,
ni armée qui pussent s'opposer à lui. Mais le conseil, soit pour ne pas se dessaisir du pouvoir, soit pour sauver les apparences , hésita ou parut hésiter. Carvajal, impatient de ce délai et impétueux dans toutes ses opérations, entre de nuit dans la ville, saisit plusieurs officiers de distinction ennemis de Pizarre et les fait pendre sans forme de procès. Le lendemain , l'audience expédia au nom de l'empereur une commission qui nommait Pizarre gouverneur du Pérou avec une autorité absolue tant civile que militaire, et le même jour le nouveau gouverneur fît son entrée dans la ville avec une pompe extraordinaire et prit possession de sa nouvelle dignité l . 28 octobre. Mais , au milieu du trouble et des désordres Le vice-roi CjU'eiitraînait la dissolution du gouvernement, les
recouvre sa li- x 1 1 - 1 i,
bertc. esprits ayant secoue le joug des lois et de 1 autorité ,
et s'abandonnant sans frein à tous leurs caprices, on vit les événements les plus extraordinaires et les moins attendus se succéder avec rapidité. A peine Pizarre commencait-il à exercer l'autorité dont il s'était fait revêtir qu'il vit s'élever contre lui un ennemi formidable. Le vice-roi avait été envoyé
(1) Zarale, lib. V, cap. 8-10. Vega, p. 2, lib. IV, cap. 13-19. Co «nara, cap. i5t)-i63. Fernandez, lib. /, cap. 18 -2 5. Herrera, Dè'cad T'J],lib. VIII, cap, 10-20. :