LIVRE CINQUIÈME. 3l
consoler dans son infortune ; mais ce prince voyant 1520 alors dans quel abîme d'humiliation il était tombé , et reprenant la hauteur d'ame qui paraissait l'avoir abandonné depuis si long-temps, dédaigna de survivre à ce dernier affront et de prolonger une vie honteuse depuis qu'il était devenu non-seulement le prisonnier des Espagnols et l'instrument de la servitude de son peuple entre leurs mains , mais encore l'objet du mépris et de la haine de ses propres sujets. Transporté de rage, il déchira l'appareil qu'on avait mis à ses blessures , et refusa si obstinément de prendre aucune nourriture qu'il termina bientôt ses jours, rejetant avec dédain toutes les sollicitations des Espagnols pour qu'il embrassât la religion chrétienne1.
La mort de Montézuma fit perdre à Cortez toute Nouveaux espérance d'accommodement avec les Mexicains. combatSi Il ne vit plus de salut que dans la retraite, et il commença à s'y disposer. Mais un nouveau mouvement des Mexicains l'engagea dans de nouveaux combats. Ils prirent possession d'une haute tour du grand temple qui commandait le quartier des Espagnols , et y placèrent une troupe de leurs principaux guerriers. Aucun espagnol ne pouvait se
par ses serviteurs et non par les Espagnols; et que les Mexicains ne discontinuèrent pas de combattre. (D. L. R.)
(i) Montézuma mourut le 3o juin dans la cinquante-quatrième année de son âge; il avait régné dix-huit ans et il était depuis sept mois pri~ «onnier des Espagnols. (Cl-nvigero, liv. IX.) (D. L. R/>
1520 montrer sans être exposé à leurs traits. Il était nécessaire de chasser, à quelque prix que ce fût, les Indiens de ce poste , et Jean d'Escobar , avec un nombreux détachement de soldats choisis , fut chargé de cette attaque ; mais Escobar , quoique brave lui-même, quoique à la tête d'hommes accoutumés à vaincre et combattant sous les yeux de leurs compatriotes, fut trois fois repoussé. Cortez, qui vit bien que le salut de son armée dépendait du succès de cet assaut , se fit attacher au bras son bouclier, que sa blessure l'empêchait de tenir de la rnain , et, armé seulement d'une épée, il se jeta au plus fort de la mêlée. Encouragés par la présence de leur général , les Espagnols retournèrent à la charge avec une telle vigueur qu'ils parvinrent par degrés jusqu'au haut de la tour et repoussèrent les Mexicains jusque sur la plate-forme qui en couronnait le faîte. La commença un terrible carnage. Deux jeunes Mexicains, reconnaissant Cortez qui animait ses soldats de sa voix et de son exemple, résolurent de sacrifier leur vie pour faire périr l'auteur des calamités de leur patrie. Ils s'approchèrent de lui dans une posture suppliante , comme s'ils avaient voulu mettre bas les armes, et, le saisissant au corps , ils le tirèrent vers les créneaux par lesquels ils se précipitèrent , espérant l'entraîner avec eux. Mais la force et l'agilité de Cortez le délivrèrent de leurs mains; et ces braves Mexicains périrent dans