‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 120 sur 175 · III. l · texte numérisé non relu

III. l

llfi HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.

étaient ornes avec toute la magnificence militaire1. L'armée de La Gasca n'était pas aussi brillante, mais présentait un coup d'œil non moins singulier. Lui-même, accompagné de l'archevêque de Lima, des évêques de Quito et de Cusco, et d'un grand nombre d'ecclésiastiques , parcourait les rangs, répandant des bénédictions et encourageant ses soldats à remplir courageusement leur devoir. Pizarre aban L'action était près de commencer lorsqu'on vit

donne de ses ^ , , -, , x , , .

Lepeda donner des éperons a son cheval et galoper vers le président auquel il se rendit. Garcilaso de la Ycga et d'autres officiers considérables suivirent son exemple. Leur défection frappe tout le reste d'étonnement. La confiance mutuelle , sans laquelle il ne peut y avoir dans une armée ni union ni force, se perd tout à coup. La défiance et la consternation se répandent de rang en rang : quelques-uns se dérobent en silence, d'autres jettent bas leurs armes, le plus grand nombre passe du coté des royalistes. Pizarre, Garvajal et quelques autres chefs emploient en vain l'autorité, les menaces et les prières. En moins d'une demi-heure un corps capable de décider du sort de l'empire du Pérou est entièrement dispersé. Pizarre , se voyant perdu sans ressource , demande à quelques officiers qui lui demeurent attachés: «Que nous reste-t-il? Rien? répond l'un d'eux, que de nous jeter au milieu de nos

(i) Zarale, l\b. VI, cap. ■>.

ijvRi; sïxiîme. 247

ennemis et de mourir en Romains. » Abattu par un 15US revers si inattendu , Pizarre n'eut pas le courage de suivre ce conseil, et, avec une lâcheté qui démentait son ancienne réputation , il se rendit à un des officiers de La Gasca. Carvajal cherchant à s'échapper fut atteint et fait prisonnier '. Pris.

La Gasca , heureux d'une victoire qui n'avait pas Et mis à mon. fait couler de sang, ne la souilla pas par la cruauté. Pizarre, Carvajal et un petit nombre des rebelles les plus connus pour tels et les plus distingués, furent punis de mort. Pizarre eut la tête tranchée le lendemain. Il se soumit à son sort avec une sorte de dignité, et parut expier ses crimes par le repentir. La mort de Carvajal fut conforme à sa vie. Lorsqu'on lui fit son procès , il n'entreprit point de se défendre. En entendant la sentence qui le condamnait à être pendu % il répondit avec un air d'indifférence, On ne meurt qu une fois . Entre son jugement et son exécution, il ne montra aucun remords du passé ni aucune inquiétude sur l'avenir. Il plaisanta ceux qui lui rendaient visite avec la même gaîté grossière et la même vivacité qu'il avait toujours montrées3. Cepeda, plus criminel que l'un et l'autre, aurait eu

(i) Cette bataille, si l'on peut donner ce nom à une action dans laquelle il ne périt du côté de Pizarre que douze à quinze personnes et une seule du côté de La Gasca, se donna le 9 avril r548 dans la vallée de Sacsahuana. (D. L. R)

(2) Son corps fut ensuite écartelé. (D. L. R.)

(3) Gonzalez Pizarre n'avait que quarante-deux ans lorsqu'il fut décapité, et François de Carvajal était âgé de quatre-vingt-quatre ans. (D. L. R.)

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\ 5^8 la même destinée ; mais on lui laissa la vie pour avoir abandonné ses associés dans un moment si critique et si décisif. Il fut néanmoins envoyé prisonnier en Espagne et mourut dans sa prison1.

Dans les détails que les historiens contemporains nous donnent des guerres civiles qui désolèrent le Pérou pendant dix années de suite presque sans interruption , on remarque plusieurs circonstances si frappantes et qui indiquent des mœurs si singulières, qu'elles méritent de fixer notre attention. Point de Quoique les Espagnols qui envahirent les premiers coupes payées le Pérou fussent des hommes des dernières classes de

dans les guerres civiles du la société , et que la plus grande partie de ceux qui

Pérou. se j0ignirent à eux dans la suite fussent des aven-

turiers sans fortune , cependant dans tous les corps de troupes conduits par les différents chefs qui se disputaient l'autorité il ne se trouvait pas un seul homme qui servît pour une paye. Tout aventurier au Pérou se regardait lui-même comme conquérant, ayant droit par ses services à un établissement dans ce pays , conquis par sa valeur. Dans les contestations entre les chefs , chacun se déterminait selon son propre jugement ou ses affections, regardait son général comme son compagnon de fortune, et se serait cru dégradé en recevant une solde comme un

(i) Zarate, lib. VII, cap. 6 , 7 , 8. Gomara, cap. i85, 186. Vega , p. 2, lib. V, cap. 3o, etc. Fernandez, lib. II , cap. 86, etc. Herrera, - Decad. VIII, lib. IV, cap. x^,etc.

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