‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 122 sur 175 · aux particu · texte numérisé non relu

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comme une récompense après la victoire étaient uers. encore plus exorbitantes. Cepeda, pour l'adresse et la perfidie qu'il avait montrées à persuader à la cour

(r) Vega, p. i, lib. IV, cap. 38, 41.

(2) Fernandez, lib. II, cap. 54.

(3) Zarate, lib. VII, cap. 10. Herrera , Decad. VIII, lib. V, cap. 7,

l5o HISTOIRE DE L'AMERIQUE.

4 5^8 de l'audience royale de donner sa sanction à l'usurpation de Pizarre , obtint une concession qui lui valait cent cinquante mille pesos de revenu annuel '• Hinojosa , qui se détacha un des premiers de Pizarre et livra à son ennemi la flotte qui décida du destin du Pérou , obtint en terres un revenu de deux cent mille pesos \ Tandis qu'on traitait les principaux officiers avec une magnificence plus que royale, on récompensait les simples soldats en proportion. Profusion et Des changements de fortune si rapides produi use des mili- S[uent [es effets qu'on devait en attendre , et don-

tairesespa- . l .

mois, naient naissance a de nouveaux besoins et a de

nouveaux désirs. Des vétérans accoutumés aux plus grandes fatigues acquéraient tout à coup le goût de la profusion et s'abandonnaient a tous les excès de la licence militaire. La plus basse crapule occupait les uns , les autres se livraient au luxe le plus dispendieux^. Le dernier soldat, au Pérou, se serait cru dégradé en marchant à pied ; et, malgré le prix exorbitant des chevaux en Amérique, à cette époque, chacun voulait en avoir un avant de se mettre en campagne4. Mais, quoique devenus alors moins capables qu'auparavant de supporter les fatigues du service, ils affrontaient le danger et la mort avec la même intrépidité, et , animés par l'espérance de

(i)Gomara, cap. 164

(2) Ve^a,^. 1. lïb. VI , cap. 3,

(3) Herrera , Decad. f , lib. Il . cap. 1 ; Deçà:/. Vllh M>. ï flT. <:an 1

Voyez la noie ;

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nouvelles récompenses, ils ne manquaient jamais en un jour de bataille de déployer toute leur ancienne valeur. Férocité «i<>

Avec leur courage ils conservèrent toute ieurlcms guerres première férocité. En aucun pays la guerre civile n'a été faite avec plus de fureur qu'au Pérou. L'avarice se joignit aux passions qui rendent les querelles atroces entre des concitoyens, et donnait à leur inimitié plus de violence et de durée. La mort d'un ennemi entraînant la confiscation de ses biens, on ne faisait point de quartier dans les combats, Après la victoire , tout homme opulent était exposé aux accusations ou aux châtiments. Sur les plus légers soupçons, Pizarre condamna à mort plusieurs des plus riches habitants du Pérou. Carvajal en fit mourir un plus grand nombre sans chercher même de prétexte pour justifier sa cruauté. Il périt presque autant d'hommes par la main du bourreau que sur le champ de bataille', et presque tous furent condamnés sans forme de procès.

La violence avec laquelle les partis opposés se Leur mautraitaient n'était pas même accompagnée , comme valse fo1 à oh

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il est assez ordinaire , de fidélité et d attachement ^s pour ceux avec lesquels on combattait. Les liens formés par l'honneur, qui sont regardés comme sacrés parmi les soldats , et la droiture qui domine dans le caractère espagnol autant que dans celui

(revoyez -la no le 35

A 5U8 d'aucune autre nation, semblent avoir été également oubliés. On trahissait sans honte et sans remords. A peine y eut-il pendant ces discussions un seul Espagnol au Pérou qui n'abandonnât le parti qu'il avait embrassé d'abord , et qui ne violât tous ses engagements. Le vice-roi Nugnez Vêla fut perdu par la trahison de Cepeda et des autres juges de l'audience royale , qui étaient obligés, par le devoir de leur place , de soutenir son autorité. Les principaux instigateurs et les complices de la révolte de Gonzalez Pizarre furent les premiers à l'abandonner et à se soumettre à ses ennemis. Sa flotte fut livrée à La Gasca par l'homme qu'il avait choisi entre tous ses officiers pour lui confier cet important commandement. Dans la journée qui décida de son sort , des vétérans , à la vue de l'ennemi , jetèrent leurs armes sans combat, et abandonnèrent un chef qui les avait si souvent conduits à la victoire. L'histoire présente rarement des exemples d'un mépris si général et si peu dissimulé des principes de la morale et des obligations qui lient l'homme à l'homme, et qui constituent l'union sociale. On ne trouve ces mœurs que dans des hommes qui habitent des pays éloignés du centre de l'autorité , où l'on ne sent plus que faiblement la contrainte des lois et de l'ordre , ou l'espoir du gain n'a point de bornes , où des richesses immenses peuvent faire oublier les crimes par lesquels on les a acquises : ce

DIVRE SIXIÈME. 1 53

n'est que dans des circonstances semblables qu'il 1 548 est possible de trouver autant d'inconstance, d'avidité, de perfidie et de corruption qu'on en voit dans les conquérants du Pérou.

A la mort de Pizarre , tous les mécontents des La Gasca cherdifférentes parties du Pérou mirent bas les armes , c e

1 ' pations pour

et la tranquillité parut entièrement rétablie ; mais ses soldats. deux points intéressants demandaient encore l'attention du président. L'un était de trouver sur-lechamp à cette multitude turbulente d'aventuriers audacieux qui remplissaient le pays, une occupation qui les empêchât d'exciter de nouveaux troubles ; l'autre d'accorder des récompenses convenables à ceux à la fidélité desquels il devait ses succès. Il remplit en grande partie le premier de ces objets, en envoyant Pedro de Valdiviaau Chili pour en continuer la conquête , et en chargeant Diego Centeno de la découverte des vastes régions que traverse la rivière de La Plata. La réputation de ces chefs et l'espérance d'améliorer leur sort dans des pays nouveaux attirèrent sous leurs drapeaux la soldatesque la plus indigente et la plus effrénée , et bannirent presque entièrement de la colonie cet esprit de mutinerie que La Gasca redoutait.

La seconde opération était plus difficile et plus T1 partage délicate. Les repartimientos ou distributions de ^ ,

Jl Espagnols qui

terres et d'Indiens qui restaient à faire en consé- Tout aidé dans quence de la mort ou de la fuite des rebelles , ou sa con(Iuete-

15ï»8 des confiscations prononcées contre eux, passaient deux millions de pesos en revenu annuel '. La Gasca devenu maître absolu de disposer de cette immense propriété , conserva le même désintéressement qu'il avait montré jusque là , et n'en voulut pas réserver la moindre portion pour lui-même. Mais il y avait un grand nombre de solliciteurs , et la vanité ou l'avarice de chacun lui faisant exagére-r ses services et les récompenses qu'il attendait, les prétentions de tous étaient si exorbitantes qu'il devenait impossible de les satisfaire. La Gasca écouta tout le monde avec la plus grande attention , et , pour avoir le loisir de peser scrupuleusement les droits de chacun j il se retira avec l'archevêque de Lima et un seul secrétaire dans un village situé à douze lieues de Cusco. Là, il employa plusieurs jours à faire le partage des terres et des Indiens à tous les prétendants2, selon l'importance des services que chacun avait rendus et de ceux qu'il pouvait rendre dans la suite. Malgré l'impartialité qui l'avait guidé , il prévoyait les cris et la rage qui ne manqueraient pas d'éclater à la publication de son décret , et pour s'y dérober il partit pour Lima , laissant l'acte de partage scellé , avec ordre de ne l'ouvrir que quelques jours après son départ.

e4 août, Lorsque le décret de répartition eut été rendu

Mccontcn-

, . - (() Voca, p. 2, lib. VI, cap. L.

lemcnt cause v ' ° J. r

(2)Ce travail dura plus do trois mois, suivant Garcil. delà Vega. D.L R.)

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