‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 127 sur 175 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

guèrent n'avaient ni le temps , ni les lumières nécessaires pour enrichir l'histoire civile et naturelle de nouvelles observations. Ils n'avaient qu'un seul but dans leurs expéditions , et paraissaient à peine avoir porté les yeux sur d'autres objets. Si dans quelques courts intervalles de tranquillité , lorsque la guerre cessait et que l'ardeur du pillage se ralentissait , les institutions et les mœurs du peuple conquis attiraient leur attention , des soldats ignorants devaient mettre dans leurs recherches sur ces objets intéressants peu d'ordre et de sagacité ; aussi le tableau qu'ils nous ont tracé de la police et des lois du Mexique est superficiel, confus et inexplicable. C'est plutôt d'après certaines circonstances qu'ils rapportent par occasion , que parleurs propres observations et par les conséquences qu'ils tirent, que nous pouvons nous former quelque idée du génie et des mœurs des Mexicains. L'obscurité dans laquelle l'ignorance des conquérants du Mexique a laissé. les annales de ce pays s'est encore augmentée par la superstition de leurs successeurs. Comme la mémoire des événements passés était conservée parmi les Mexicains au moyen de figures peintes sur des peaux, sur des toiles de coton , sur des écorces d'arbres , les premiers missionnaires, incapables d'entendre la signification de ces figures et frappés de leurs formes bizarres , les regardèrent comme des monuments d'idolâtrie qu'il fallait détruire pour faciliter

la conversion des Indiens. Pour obéir à une ordonnance de Jean de Zunimaraga, moine franciscain, premier éveque de Mexico , toutes ces archives de l'ancienne histoire du Mexique furent rassemblées et livrées aux flammes. Par suite de ce zèle fanatique des premiers moines qui s'établirent dans la Nouvelle-Espagne , et dont leurs successeurs déplorèrent bientôt les effets, on perdit entièrement la connaissance des événements reculés tracés sur ces monuments grossiers , et il ne resta d'autres traces des anciennes révolutions et de l'état politique de l'empire , que ce qu'en avait pu conserver la tradition ou quelques fragments des peintures historiques qui échappèrent aux recherches barbares de Zummaraga'. L'expérience de toutes les nations prouve que la mémoire des événements passés ne peut se conserver long-temps ni se transmettre avec quelque fidélité par la tradition. Les peintures mexicaines, qu'on suppose avoir servi comme annales de l'empire, sont en petit nombre et d'une signification très obscure. Ainsi d'après l'incertitude des traditions et l'obscurité des peintures, on conçoit combien sont incomplètes les notions que nous pouvons recueillir de la petite quantité de matériaux dispersés dans les ouvrages des historiens espagnols2.

(ï) Acosla, lib. VI, cap. 7. Torquem. Proem. lib. ll\ lib. III, cap. 6, lib. XVI, cap. 6.

(2) Voyez la note

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