LIVRE SEPTIÈME. 27 I
différente. Dans chaque district, on mesurait et on affectait au peuple une certaine quantité de terres dans la proportion du nombre de familles. Ces terres étaient cultivées par le travail de toute la communauté. Leur produit se portait dans un magasin commun, et se partageait entre les familles selon leurs besoins respectifs. Aucun membre de cette espèce de communauté appelée Calpultée, mot indien synonyme iï association, ne pouvait aliéner sa portion, dont la propriété demeurait indivisiblement affectée à l'entretien de sa famille'. Cette distribution du territoire intéressait chaque individu au bien général , et liait son bonheur avec la tranquillité publique \
Une des circonstances les plus frappantes qui dis- Nombre et tinguent les Mexicains des autres nations de l'Ame- ^ villes rique , c'est le nombre et la grandeur de leurs villes. Tant que la société demeure dans l'état de barbarie, les besoins des hommes sont en si petit nombre, et ils se passent si facilement les uns des autres que les motifs qui les portent à se rapprocher sont extrêmement faibles. Leur industrie est en même temps
(1) Herrera, Decad. III, lib. IF, cap. i5. Torquemada, Mon. Ind. lib. XIV, cap. 7. Corita , manuscrit.
(2) Les terres de l'empire mexicain étaient partagées suivant Clavigero (Stor. ant. del Messlco, liv. 7 sect. xiv.), entre la couronne , la noblesse, les communes et les prêtres ; et il existait des peintures dans lesquelles chacune de ces espèces de propriétés était dislinctemcnt représentée avec une couleur différente. I D. L r«.)
si imparfaite qu'elle ne peut assurer la subsistance de beaucoup de familles sur un même terrain. Ils vivent dispersés autant par choix que par nécessité , 1 ou tout au plus ils s'assemblent dans de petits hameaux sur les bords des rivières qui leur fournissent une partie de leur nourriture , ou sur des terres que la nature a laissées ouvertes ou qu'ils ont débarrassées des productions sauvages par leurs propres travaux. A leur entrée dans le Mexique, les Espagnols, qui n'avaient vu jusque là en Amérique que des peuplades sauvages, furent extrêmement étonnés d'y trouver les habitants rassemblés dans des villes' d'une aussi grande étendue que beaucoup de villes d'Europe. Dans la première chaleur de leur admiration, ils comparèrent Zempoalla, ville du second ou du troisième ordre, aux plus grandes villes d'Espagne. Lorsqu'ensuite ils eurent vu successivement Tlascala , Cholula , Tacuba , Tezcuco et enfin Mexico , leur étonnement augmenta si fort qu'ils se laissèrent aller à une exagération incroyable. Même après avoir eu le loisir de faire des observations plus suivies et sans intérêt de tromper , leurs estimations sur la population des villes furent très peu exactes et leurs calculs communément très enflés. Il ne faut donc pas s'étonner que Cortez et ses compagnons, peu accoutumés à cette sorte de calculs et fortement tentés d'exagérer pour exalter le mérite de leurs découvertes et de leurs