LIVRE SEPTIÈME
conquêtes, se soient laissés aller à une erreur si commune et à des descriptions si éloignées de la vérité. Cette considération doit faire rabattre beaucoup du nombre d'habitants qu'ils donnent aux villes du Mexique ; mais il reste toujours constant qu'on y en trouva d'assez considérables pour ne pouvoir appartenir qu'à une nation déjà fort avancée dans la civilisation '.
La séparation des professions diverses, parmi les Mexicains, est encore une marque de leurs progrès qui n'est pas équivoque. Dans les premiers temps de la formation de la société , les arts sont en si petit nombre et si simples que tout homme est en état de les exercer assez bien pour satisfaire des besoins et des désirs aussi bornés que les siens. Le sauvage peut faire son arc, aiguiser ses flèches, élever sa hutte et creuser son canot sans le secours de personne. Les besoins des hommes croissent avec le temps, et leur adresse se perfectionne avant que les productions de l'art soient assez compliquées dans leur fabrication pour qu'il faille une éducation particulière à chaque espèce d'ouvrier. A mesure que le travail devient plus parfait , la distinction des professions s'étend , et chacune se subdivise davantage. Chez les Mexicains, cette séparation des arts nécessaires à la vie était portée fort loin. Les métiers de maçon, de tisserand , d'orfèvre, de pein-
(t) Voyez la note 3g.
Séparation des professions.
tre, et plusieurs autres, étaient exercés par des ou • vriers différents. Chacun avait son apprentissage. L'ouvrier se bornait à un seul genre de travail, et, par la patience et l'assiduité particulière aux Américains , l'ouvrage parvenait à un degré de perfection fort au-delà de celui qu'on pouvait naturellement attendre des outils grossiers qu'ils employaient. Les différentes productions étaient mises dans le commerce et portées à des marchés qui se tenaient régulièrement dans les villes; par ce moyen, les citoyens satisfaisaient leurs besoins mutuels ' avec la facilité et la régularité qu'on ne voit que dans les sociétés civilisées.
Distinction La distinction des rangs établie au Mexique est h ' une autre circonstance qui mente notre attention. En traçant le tableau des tribus sauvages de l'Amérique, nous avons fait observer que, dans l'enfance de la vie civile , l'homme aie sentiment de l'égalité et ne se soumet que difficilement à quelque espèce d'autorité que ce soit. Pendant la paix , les sauvages connaissent à peine un chef, et l'autorité de celui qui les conduit à la guerre est extrêmement limitée. Comme l'idée de la propriété leur est étrangère, ils ne connaissent point la différence des conditions qui en résulte. Il n'y a point chez eux de prééminence donnée par la naissance et les dignités ; on
(t) Cortès, Relat. ap. Ramus. XIII. 239, etc. Gomora, Cron. cap. 79. Xorquemada, lij>., XIII, cap. 34. Herrera, Decarf. II, lib. VU, c. i5, etc.