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ne peut l'acquérir que par les qualités personnelles. La forme de la société, parmi les Mexicains, était fort différente. La plus grande partie de la nation vivait dans un état très abject. La condition des Mayeques , qui formaient une portion considérable du peuple, approchait beaucoup de celle des paysans serfs des temps féodaux, qui, sous diverses dénominations , étaient regardés comme des instruments de culture attachés au sol. Les Mayeques ne pouvaient changer de résidence sans la permission du supérieur dont ils dépendaient. Ils passaient, avec les terres sur lesquelles ils se trouvaient, d'un possesseur à un autre ; ils étaient obligés de les cultiver et d'exécuter différents genres de travaux serviles '. D'autres habitants du pays étaient réduits à l'état encore plus humiliant de la servitudedomestique et exposés à toutes les rigueurs qui accompagnent cette misérable condition. Ils étaient si avilis, et leur vie était si peu estimée, qu'on pouvait les tuer sans encourir aucune espèce de peine 2. Parmi le peuple, ceux même qui étaient regardés comme libres étaient traités par les seigneurs comme des êtres d'une espèce inférieure. Les nobles, possesseurs d'amples territoires , étaient divisés en différentes classes dont chacune avait des titres d'honneur particuliers. Quelques-uns de ces titres passaient du
(i) Herrera, Dccad. III, lib. IV, cap. 17 , Corita, manuscrit. (2) Herrera, Decad. III, lib. IV, cap. 7.
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père au fils , comme les terres. D'autres étaient attachés à de certaines fonctions ou offices, ou conférés à vie comme des marques de distinction personnelle \ Le monarque, élevé au-dessus de tous, était revêtu de la suprême dignité et d'un pouvoir très étendu. Ainsi, la distinction des rangs y était complètement établie , et par une gradation régulière depuis le premier jusqu'au dernier des citoyens. Chacun connaissait ses droits et ses devoirs. Le peuple, à qui il n'était pas permis de porter les mêmes vêtements que ceux des nobles , ni d'habiter des maisons semblables aux leurs, ne les approchait qu'avec les marques du plus grand respect. En présence de leur souverain, ils se tenaient les yeux baissés vers la terre et n'osaient le regarder en face \ Lorsque les nobles eux-mêmes étaient admis à son audience , ils ne s'y présentaient que pieds nus", avec des habillements simples, et lui rendaient, comme ses esclaves, des hommages qui allaient presque jusqu'à l'adoration. Ce respect, dû par les inférieurs à leurs supérieurs, était réglé avec un cérémonial si exact, qu'il avait influé jusque sur le génie de la langue, et s'était, pour ainsi dire, incorporé avec elle. La langue du Mexique abondait en expressions de respect et de politesse. Les tournures et les mots dont on se servait avec des égaux auraient été incon-
(i) Herrera, Decad. III, lib. IV, cap. i5. Corita, manuscrit, (2) Herrera, Decad. III, lib. II. cap. 14.
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venants dans la bouche d'un inférieur s'adressant à une personne d'un rang plus élevé1, qui les aurait considérés comme des insultes. C'est seulement dans les sociétés auxquelles le temps et les institutions d'un gouvernement régulier ont donné leur forme qu'on peut trouver les hommes distribués ainsi en diverses classes, et qu'on peut mettre tant d'attention à conserver à chacune ses droits respectifs.
L'esprit des Mexicains , ainsi accoutumé et plié Constitution à la subordination , était très bien préparé à rece- Polltl(îuevoir le gouvernement monarchique, mais les descriptions de leurs institutions politiques et de leurs lois, transmises par les Espagnols qui ont détruit les unes et les autres , sont si inexactes et si remplies de contradictions , qu'il est difficile d'en donner aucune idée précise. Quelquefois ils représentent les souverains du Mexique comme absolus et décidant à leur gré de toutes les affaires publiques. Dans d'autres occasions nous découvrons les traces de coutumes et de lois faites pour circonscrire le pouvoir de la couronne , et des droits , des privilèges de la noblesse, qui semblent avoir été établis comme des barrières contre les usurpations du monarque. Ces contradictions apparentes ont été l'effet du peu d'attention que les Espagnols ont fait aux innovations introduites par Montézuma dans le gou-
(i) Voyez la note 4o-
'2j8 HISTOIRE DE l'aMÉR IQIJK.
vernement du Mexique. Son ambition avait détruit l'ancienne constitution, et introduit à sa place le despotisme pur. Il méprisa les anciennes lois , viola les privilèges les plus sacrés , et réduisit tous ses sujets «à la condition d'esclave1. Les chefs ou nobles du premier rang s'étaient soumis au joug avec une telle répugnance, que, dans l'espoir de le secouer et de recouvrer leurs premiers droits, plusieurs d'entre" eux recherchèrent la protection de Gortez, et se réunirent à un ennemi étranger contre un oppresseur domestique2. Ce n'est donc pas sous le règne de Montézuma , mais sous celui de ses prédécesseurs , que nous pouvons reconnaître la forme originaire et l'esprit du gouvernement du Mexique , qui paraissent avoir subsisté sans beaucoup d'altération depuis la fondation de l'empire jusqu'à l'élection de Montézuma. Le corps de citoyens que nous pouvons appeler les nobles formait le premier ordre de l'état, et le plus respectable. Il y avait différentes classes parmi eux , comme nous l'avons déjà fait observer, et ils acquéraient les dignités et les transmettaient de diverses manières. Leur nombre paraît avoir été très grand. Selon un auteur soigneux de bien constater ce qu'il avance, il y avait dans l'empire du Mexique trente nobles du
(r)Herrera, Decod. III, lib. II, cap. 14. Torquemada , lib. II, cap. 69.
(2) Herrera, Decad. II, lib. V, cap. 10, it. Torquemada, lib. IV, cap. 49.