‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 133 sur 175 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

premier rang , dont chacun avait dans son territoire, et sous sa dépendance , environ cent mille citoyens, parmi lesquels on comptait trois cents nobles d'une classe inférieure , qui lui étaient subordonnés *. Le territoire dépendant des <5hefs de Tezcuco et de Tacuba n'était guère moins étendu que celui qui formait le district du monarque2. Chacun de ces chefs exerçait une juridiction territoriale complète, et levait des taxes sur ses vassaux; mais tous suivaient l'étendard du monarque à la guerre , y conduisaient un nombre d'hommes proportionné à l'étendue de leur domaine , et plusieurs payaient tribut au roi, comme à leur seigneur suzerain.

Dans cette esquisse de la constitution du Mexique , on trouve les principaux traits du gouvernement féodal dans sa forme la plus rigide. On y reconnaît ces trois caractères distinctifs , une noblesse jouissant d'une autorité presque indépendante, un peuple abaissé à la plus abjecte soumission, et un, souverain chargé du pouvoir exécutif. L'esprit et les principes de cette espèce de gouvernement semblent avoir produit dans le Nouveau -Monde les mêmes effets que dans l'Ancien. L'autorité du souverain y était extrêmement limitée. Tout le pouvoir réel demeurait entre les mains des seigneurs ,

(1) Herrera , Dec ad. II, lib. VIII, cap. 12.

(2) Torquemada , lib. Il , cap. 5^. Corita , manuscrit. Clavigerone partage pas cetle opinion; voyez la note 4 1 (D, L. R.)

qui n'en laissaient au roi que l'ombre. Jaloux à l'excès de leurs droits , ils les défendaient avec la plus grande vigilance contre les entreprises du monarque. C'était une loi fondamentale du royaume que le roi ne pouvait décider sur aucune affaire importante et générale sans l'approbation d'un conseil composé de la première noblesse '. Il ne pouvait ni déclarer la guerre, ni disposer à son gré d'une partie très considérable du revenu public, dont la destination était réglée, et qui ne devait être employée par le roi seul à aucun autre usage \ Pour assurer l'observation des privilèges de la nation et des leurs, les nobles ne permettaient pas que la couronne se transmît par succession ; elle était élective. Le droit d'élection semble avoir été d'abord entre les mains du corps entier de la noblesse ; mais il avait passé ensuite à six électeurs , parmi lesquels étaient toujours les seigneurs de Tezcuco et de Tacuba 3. Par respect pour la famille de leurs monarques , le cboix tombait communément sur un de ses membres ; mais , comme une nation engagée dans des guerres continuelles avait un grand besoin d'un souverain actif et valeureux, on avait plus d'égard dans le choix au mérite et

(i) Herrera, Decad. III, lib. II, cap. 19. Idem, Decad. III, lib. IV, cap. 16. Corita , manuscrit.

(2) Herrera, Decad. III, lib. IV, cap. 17.

(3) Acosta, lib. VI , cap. 24. Herrera, Decad. III, lib. II, cap. i3- Corita, manuscrit.

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