LIVRE SEPTIÈME. OO
qui a éclairci par sa sagacité et embelli par son éloquence l'histoire de l'Amérique*, cette supposition est aussi invraisemblable que le projet eût été audacieux. Parmi les destructeurs de ce grand empire , il n'y en avait pas un seul assez éclairé pour imaginer un système de police aussi bien combiné et aussi bien d'accord dans toutes ses parties que celui qu'ils attribuent aux Mexicains. D'où auraientils emprunté l'idée de plusieurs institutions ignorées à cette époque de toutes les autres nations connues? Au commencement du seizième siècle, il n'y avait en Europe aucun établissement semblable à celui qu'on avait formé au Mexique, pour porter au souverain des nouvelles de toutes les parties de son empire. La même observation peut s'appliquer à ce qu'on nous dit de la forme de la ville de Mexico , de sa police et de ses différentes lois pour l'administration de la justice, ou pour assurer le bonheur de la communauté. Tout homme accoutumé à observer les progrès des nations remarquera souvent, dans les premiers pas qu'elles font , les germes de ces idées d'où naissent ces institutions qui font la gloire et l'ornement des sociétés arrivées au plus haut degré de civilisation. Même dans l'état de civilisation imparfaite où se trouvait l'empire du Mexique, la sagacité ingénieuse de quelque observateur, excitée ou aidée par des circonstances que
(1) M. labbé Raynal, Hist. phil. et polit., etc. HT, 127.
3o8 histoire de l'Amérique.
nous ne connaissons pas , a pu y introduire des in stitutions dignes des sociétés les plus policées. Mais il était presque impossible que les conquérants ignorants et grossiers du Nouveau-Monde aient pu imaginer, dans aucun cas, des coutumes et des lois hors de la limite d'amélioration de leur propre siècle et de leur pays ; et si Cortez et quelques-uns de ses compagnons eussent été capables de cet effort, pourquoi leurs successeurs auraient-ils travaillé à perpétuer l'erreur ? Pourquoi Corita, ou Motolinea, ou Acosta, auraient-ils voulu amuser leur souverain et leurs compatriote s de contes entièrement fabuleux? Religion En un point cependant , les guides que nous avons " dû suivre ont représenté les Mexicains comme plus barbares peut-être qu'ils ne l'étaient réellement. Leurs dogmes religieux et les cérémonies de leur culte sont représentés comme féroces et cruels au plus haut degré.
La religion , qui occupe peu de place dans la tête d'un sauvage qui n'a pas des idées fort claires d'une puissance supérieure , et dont les rites sont simples et en petit nombre , était formée chez les Mexicains d'après un système régulier; elle avait ses prêtres, ses temples, ses victimes et ses fêtes. Cela même est une preuve claire que l'état des Mexicains était très différent de celui des tribus plus grossières de l'Amérique. Mais de l'extravagance de leurs notions religieuses, ou de l'atrocité de leurs cérémonies, on
cains.