‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 153 sur 175 · LIVRE SEPTIÈME. 3lC · texte numérisé non relu

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astre brillant, qui, par son énergie universelle et vivifiante , est le plus bel emblème de la bienfaisance divine, étaient douces et humaines. Ils offraient au soleil une partie des substances que sa chaleur fait produire à la terre. Ils lui sacrifiaient, en témoignage de leur reconnaissance, quelques-uns des animaux dont ils se nourrissaient, et dont l'existence et la multiplication étaient dues à son influence. Ils lui présentaient des ouvrages choisis et précieux de l'industrie de leurs mains guidées par sa lumière. Jamais les incas ne teignirent ses autels de sang humain; jamais ils n'imaginèrent que le soleil leur père pût se plaire à recevoir de si barbares sacrifices'. Ainsi les Péruviens, éloignés de ce culte sanglant qui éteint la sensibilité , et qui étouffe les mouvements de la compassion à la vue des souffrances de l'homme , devaient à l'esprit même de leur superstition un caractère national , plus doux que celui des autres peuples de l'Amérique.

Cette influence de la religion s'étendait jusqu'à Soninfluenleurs institutions civiles , et en écartait tout ce qui ce sur m.~

, . «Nii î i stitutions ci-

etait contraire a la douceur des mœurs et du ca- Tiies. ractère. Le pouvoir des incas , quoique le plus absolu des despotismes, était mitigé par son alliance avec la religion. L'esprit de leurs sujets n'était pas humilié et avili par l'idée d'une soumission forcée à la volonté d'un être semblable à eux. L'obéis-

(i) Voyez la noie 5t),

sance qu'ils rendaient a un souverain revêtu d'une autorité divine était volontaire et ne les dégradait point. Le souverain, convaincu que la soumission respectueuse de ses sujets était l'effet de leur croyance à son origine céleste, avait continuellement sous les yeux des motifs qui le portaient à imiter l'être bienfaisant qu'il était supposé représenter. Aussi trouve-t-on à peine dans l'histoire du Pérou quelques révoltes contre le prince régnant, et aucun de ses douze monarques ne fut un tyran. Et même Dans les guerres mêmes où furent engagés les tème de suer- mcas ? ^s se conduisirent avec un esprit très difre. férent de celui des autres nations de l'Amérique.

Ils ne combattaient pas, comme les sauvages, pour détruire et pour exterminer, ou, comme les Mexicains , pour rassasier de sang leurs barbares divinités : ils faisaient la guerre pour civiliser les vaincus et pour répandre la connaissance de leurs propres institutions et des arts. Les prisonniers ne paraissent point avoir été exposés aux insultes et aux tourments qu'ils étaient destinés à subir dans toutes les autres parties du Nouveau - Monde. Les incas prenaient sous leur protection les peuples qu'ils avaient soumis, et les faisaient participer à tous les avantages dont jouissaient leurs anciens sujets. Cette pratique , si opposée à la férocité américaine, et qui ressemble à l'humanité des nations les plus civilisées, doit être attribuée, comme d'autres circou-

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stances que nous avons observées clans les mœurs des Péruviens , au génie de leur religion. Les incas , considérant comme impie l'hommage rendu à tout autre objet qu'aux puissances célestes qu'ils adoraient , s'efforçaient de faire des prosélytes. Les idoles des peuples conquis étaient portées en triomphe au grand temple de Cusco ' , et y étaient placées comme des trophées qui montraient la puissance supérieure de la divinité protectrice de l'empire. Le peuple était traité avec douceur et instruit dans la religion de ses nouveaux maîtres 2 , afin que le conquérant eût la gloire d'avoir augmenté le nombre des adorateurs du soleil.

La manière dont les terres étaient possédées au Espèce de Pérou parles citoyens n'était pas moins singulière f^^/ auX que leur religion, et contribuait également à adoucir Péruviens. le caractère de ce peuple. Toutes les terres propres à la culture étaient divisées en trois portions : l'une était consacrée au soleil , et tout ce qu'elle produisait était employé à la construction des temples et aux dépenses du culte religieux; l'autre appartenait à l'inca comme une allocation faite par la communauté pour soutenir le gouvernement; la troisième et la plus considérable était réservée pour la subsistance du peuple, à qui elle était partagée. Personne cependant n'avait un droit de propriété exclusive

(i) Herrera, Dec ad. V, lib. IV, cap. \. Vega, lib. V, cap. 12. (2) Herrera, Decad. V, lib. IV, cap. 8.

sur la portion qui lui était attribuée; il la possédait seulement pour une année. A l'expiration de ce terme, on faisait une nouvelle division selon le rang , le nombre et les besoins de chaque famille. Toutes ces terres étaient cultivées par un travail commun de tous les membres de la communauté. Le peuple, averti par un officier préposé à cet effet , se rendait dans les champs et remplissait la tâche imposée. Des chants et des instruments de musique les animaient au travail \ Cette distribution singulière du territoire, aussi bien que la manière de le cultiver, gravait dans l'esprit de chaque citoyen l'idée d'un intérêt national et de la nécessité d'un secours mutuel entre eux. Chaque individu sentait l'utilité qui résultait pour lui de sa liaison avec ses concitoyens et le besoin qu'il avait de leur secours. Un état ainsi constitué peut être considéré comme une grande famille dans laquelle l'union des membres est si entière , et l'échange mutuel des bons offices si marqué qu'il en naissait le plus grand attachement, et que l'homme était lié à l'homme plus étroitement que dans aucune autre société établie en Amérique2. De là des mœurs douces et des vertus sociales inconnues dans l'état sauvage, et presque entièrement ignorées des Mexicains.

inégalité des Mais , quoique les institutions des incas eussent

conditions.

(i) Herrera, Decad. V, lib. IV, cap. 2. Vega, lib. V, cap. 5. (2) Voyez la note 60.

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