LIVRE SEPTIÈME
pour but de fortifier les liens d'une affection mutuelle entre leurs sujets, il régnait cependant au Pérou une grande inégalité dans les conditions. La distinction des rangs y était complètement établie. Un grand nombre de citoyens , sous la dénomination de Yanaconas , étaient tenus dans l'état de servitude. Leurs habillements et leurs maisons différaient des habillements et des maisons des hommes libres. Comme les Tamemes du Mexique , ils étaient employés à porter des fardeaux et à tous les travaux p énibles ' . Au-dessus d'eux étaient les hommes libres, qui n'étaient revêtus d'aucun office et d'aucune dignité héréditaire. Ensuite venaient ceux que les Espagnols ont nommés Orejones , à raison des ornements qu'ils portaient à leurs oreilles. Ceux-là formaient ce qu'on peut appeler le corps des nobles , et exerçaient, en temps de paix comme en temps de guerre , les emplois importants ou de confiance 2. A la tête de la nation étaient les enfants du soleil, qui , par leur naissance et leurs privilèges , étaient autant au-dessus des Orejones que ceux-ci étaient au-dessus des autres citoyens.
Cette forme de société , tant par l'union de ses Elat des arts* membres que par la distinction des rangs, était favorable aux progrès des arts. Mais les Espagnols , connaissant déjà le degré de perfection où diffé-
(i) Herrera, Decad. V, lib. III cap. 4; lib. X, cap. 8. (2) Herrera, Decad. V, lib. IV, cap. 1.
de l'agriculture.
rents arts avaient été au Mexique, ne furent pas si frappés de ce qu'ils virent au Pérou lorsqu'ils en firent la découverte; et c'est avec un sentiment d'admiration beaucoup moins vif qu'ils décrivent les objets d'industrie qu'ils y remarquèrent. Cependant les Péruviens avaient fait beaucoup plus de progrès que les Mexicains , et dans les arts nécessaires et dans ceux qui ne servent qu'à l'agrément de la vie. Etat avancé L'agriculture , cet art de première nécessité dans l'état social, était beaucoup plus étendue au Pérou, et y était exercée avec plus d'babileté que dans aucune autre partie de l'Amérique. Les Espagnols , en s'avancant dans le pays , y trouvèrent si abondamment des provisions de toute espèce, que, dans le récit de leurs expéditions, on ne les voit jamais exposés à ces cruelles situations où la famine réduisit souvent les conquérants du Mexique. Ce n'était pas la volonté des particuliers qui réglait la quantité des terres mises en culture, mais l'autorité publique, selon les besoins de la communauté. Les calamités qui sont la suite ordinaire des mauvaises récoltes n'étaient pas fort sensibles, parce que le produit des terres consacrées au soleil, aussi bien que la portion des incas, étant déposée dans les tambos ou magasins publics , on y trouvait toujours des ressources pour les temps de disette '. Par une prévoyance si sage, l'étendue de la culture étant (i) Zarate, lib. I, cap. U. Vega, lib. I, cap. 8.