LIVRE CINQUIÈME. 8ï
l'état du pays que Gortez venait de soumettre, nous 4521 devons à nos lecteurs quelque détail à ce sujet. Ferdinand Magalhaens ou Magellan, Portugais, d'une naissance honorable, ayant servi plusieurs années dans les Indes-Orientales , avec une grande valeur, sous le fameux Albuquerque, demanda les récompenses qu'il croyait lui être dues avec la hauteur naturelle à un homme de courage ; mais , pour des raisons qu'on ignore , son général et son souverain rejetèrent ses demandes avec dédain. Magellan, se rendant témoignage de ce qu'il avait fait et de ce qu'il méritait, ne put supporter ce refus. Dans son 4517 ressentiment il se crut dégagé du serment de fidélité qu'il avait prêté à un maître ingrat, et se présenta à la cour de Castille , où il espérait qu'on rendrait plus de justice à ses talents. Pour commencer à s'y faire connaître avantageusement, il proposa un projet dont l'exécution devait blesser à l'endroit le plus sensible le monarque dont il avait à se plaindre : c'était le plan originaire favori de Colomb, la découverte d'un passage aux Indes-Orientales par l'ouest, sans empiéter sur la partie du globe attribuée aux Portugais, par la ligne de démarcation qu'avait tracée Alexandre VI. Il fondait ses espérances sur les idées de ce grand navigateur, confirmées par beaucoup d'observations, fruit de sa propre expérience et de celle que ses compatriotes avaient acquise par leur commerce avec les régions orientales. L'entre-
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4 521 prise était difficile et dispendieuse, il en convenait; il lui fallait une escadre assez forte , et pourvue de vivres au moins pour deux années. Heureusement il eut affaire à un ministre qui ne se laissait effrayer ni par les difficultés , ni par la dépense. Le cardinal Ximenès, qui gouvernait alors l'Espagne, voyant à la fois dans le succès de cette entreprise un accroissement de richesses et de gloire pour son pays , écouta favorablement les propositions de Magellan. Charles-Quint , à son arrivée dans son nouveau royaume, adopta les mesures de Ximenès avec la même chaleur, et donna ses ordres pour un armement aux dépens de la couronne, dont le commandement fut conféré à Magellan , avec les titres de chevalier de Saint-Jacques et de capitaine-général '. Le dixième d'août i5iq, Magellan fît voile de Séville 2 avec cinq vaisseaux , armement considérable pour l'état de la navigation dans ces temps-là , quoique le plus grand de ses navires n'excédât pas cent vingt tonneaux. Les équipages montaient en tout à deux cent trente-quatre hommes3 , parmi lesquels se trouvaient quelques-uns des meilleurs pilotes d'Es-
(i) Herrera, Decad. II, lib. II, cap. 19; lib. IV, cap. 9. Gomara, Hist. cap. 91.
(2) Magellan parti de Séville le 10 août i5i9, ainsi que. le dit Roberlson, ne mit à la voile de San-Lucar que le 20 septembre suivant : sa navigation ne commença donc véritablement qu'à cette dernière époque. Voyez Pigafetta {Premier voyage autour du monde). (D. L. R.)
(3) Deux cent trente sept, suivant Pigafetta. (D. L. R. )