LIVRE CINQUIÈME
pagne, et plusieurs marins portugais, en qui Ma- ^ 521 gellan avait encore une plus grande confiance. Après avoir touché aux Canaries j il prit sa route directement au sud en suivant la cote de l'Amérique. 11 essuya des calmes si longs , et employa tant de temps a reconnaître toutes les baies et tous leS golfes qui lui semblaient pouvoir former une communication avec la mer qu'il comptait découvrir au sud , qu'au 12 de janvier il ne se trouva qu'à la rivière de la 1520 Plata. En voyant la large embouchure de ce fleuve, qui porte une si grande abondance d1eau à l'océan Atlantique, il se persuada qu'il pourrait trouver par là le passage qu'il cherchait; mais, après l'avoir remonté pendant quelques jours et avoir observé que le canal se rétrécissait et que les eaux devenaient douces, il reprit sa route vers le sud. Le 3i mars, il toucha au port de Saint-Julien, à quarante-huit degrés au sud de l'équateur , ou il se détermina à passer l'hiver. Il y perdit un de ses vaisseaux, et les Espagnols y souffrirent tant de l'excessive rigueur du climat, que les équipages de trois des vaisseaux , les officiers à leur tête , se mutinèrent ouvertement , et demandèrent qu'on abandonnât le projet d'un aventurier inconsidéré , et qu'on retournât en Espagne. Magellan réprima cette révolte dangereuse avec autant de promptitude que d'intrépidité, et infligea une punition exemplaire à ceux qui l'avaient dirigée. Avec le reste de ses
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4521 gens subjugués par sa fermeté, sans être réconciliés avec son entreprise , il continua son voyage vers le sud, et découvrit enfin au cinquante-troisième degré de latitude l'entrée d'un détroit où il se jeta malgré les murmures et les remontrances de tout ce*qui était sous ses ordres. Après avoir navigué vingt jours dans ce canal tortueux et dangereux , auquel il donna son nom, et où il fut abandonné par un de ses vaisseaux , il vit enfin se découvrir à ses yeu£l# grande mer du sud, et remercia le ciel, en répandant des larmes de joie de l'heureux succès de son entreprise '.
Mais il se trouvait à une plus grande distance qu'il ne l'imaginait du but de son voyage. Il navigua trois mois et vingt jours, portant constamment au nord-ouest, sans découvrir aucune terre2. Dans cette route, la plus longue qui eût jamais été faite sur un océan dont on ne connaissait point les bornes , il eut beaucoup à souffrir. Ses provisions étaient presque épuisées. L'eau douce se corrompit; ses gens furent réduits à la plus petite ration nécessaire pour ne pas mourir de faim; et le scorbut, la plus terrible des maladies auxquelles sont expo- Ci) Herrera, Decad. Il, llb. IV, cap. 10; lib. IX, cap. 10, etc. Gomara, Hist. cap. 92, Pigafelta, Viagg. apud. Ramus. II, p. 352, etc.
(2) Cela n'est pas exact; avant de trouver les îles des Larrons, Magellan avait découvert deux petites îles désertes situées à deux cents lieues environ l'une de l'autre, auxquelles il ne put aborder et auxquelles il donna , malgré la dislance qui les sépare, le nom commun à'I/es Infortunées. (D. L. R.)