LIVRE CINQUIÈME. QJ
pagne leur condition devint encore plus fâcheuse 4532 par des arrangements particuliers à cette colonie.
Charles V, en nommant Cortez gouverneur de ce pays , établit en même temps des commissaires indépendants de lui, pour y recevoir et administrer ses revenus \ Ces gens , pris dans des emplois subalternes à Madrid, se crurent appelés à un rôle de la première importance ; accoutumés aux formalités minutieuses des bureaux, et remplis des idées étroites qu'ils avaient prises dans la sphère où ils s'étaient exercés jusqu'alors, ils furent très étonnés de l'autorité dont Cortez y jouissait, et ne conçurent pas combien la manière de gouverner un pays nouvellement conquis est différente de celle qu'on peut employer dans un état où un gouvernement tranquille et régulier est établi depuis longtemps. Ils représentèrent Cortez à la cour d'Espagne comme un ambitieux et comme un tyran , qui , se donnant un pouvoir supérieur à la loi même, aspirait à l'indépendance, et qui, par ses richesses excessives et par l'influence qu'elles lui donnaient, était en état d'exécuter les projets qu'il paraissait méditer2. Ces insinuations firent des impressions si fortes sur les ministres espagnols, presque tous formés aux affaires sous l'administration sévère et jalouse de Ferdinand , qu'ils oublièrent tous les services de
(1) Herrera, Decad. 111, lib. IV, cap. 3.
(2) Herrera, Decad. III, lib. V, cap. 14,
98 HISTOIRE DE i/aMERIQUE.
•1522 Cortez et les travaux excessifs auxquels il venait de se livrer, en conduisant lui-même une expédition dans laquelle il s'était avancé du lac de Mexico à l'extrémité occidentale du pays de Honduras1. Ils firent bientôt passer leurs soupçons dans l'esprit de leur maître , et déterminèrent Charles à en-
1525 voyer au Mexique le licencié Ponce de Léon , pourvu d'amples pouvoirs, pour rechercher la conduite de Cortez , et même pour le faire arrêter et l'envoyer prisonnier en Espagne , s'il le trouvait convenable 2. '
La mort soudaine de Ponce de Léon, peu de jours après son arrivée dans la Nouvelle-Espagne3 , empêcha l'exécution de ces ordres ; mais , comme ils étaient connus , Cortez fut vivement blessé de cette ingratitude pour des services les plus grands qu'un roi d'Espagne eût jamais reçus d'aucun de ses sujets.
Il travailla cependant à regagner la confiance de son souverain et à conserver sa place. Mais tous
(i) Voyez la note 9.
(2) H errera, Decad. III, llb. VIII, cap. 14, i5.
(3) Ponce de Léon partit de San-Lucarle 2 février i52Ô, séjourna deux mois à Santo-Domingo pour y attendre un navire; ayant appris que Cortez se trouvait dans les Honduras, il mit à la voile, et dix-neuf jours après il aborda au port de Saint-Jean de Ulua , où il fut informé de l'arrivée de Cortez au Mexique. Il passa par Medellin , se rendit à Islapalapan, arriva à Mexico le 2 juillet, et s'empara aussitôt du gouvernement; mais il mourut au moment qu'il s'occupait d'organiser le tribunal qu'il devait présider comme grand-juge. (D. L. R.)