LIVRE CINQUIÈME. gy
4es Espagnols employés par le gouvernement dans la Nouvelle-Espagne étaient autant d'espions de sa conduite, et donnaient les interprétations les plus malignes et les plus défavorables à toutes ses actions. Les craintes de Charles et de ses ministres redoublèrent. On forma une nouvelle commission d'enquête , revêtue de pouvoirs plus étendus , et l'on prit différentes précautions pour prévenir ou punir la résistance de Cortez, s'il avait l'audace de manquer à la fidélité d'un sujet1. Cortez, en voyant se former l'orage qui le menaçait, éprouva toutes les émotions violentes naturelles à un homme qui a l'ame fière, et qui, au lieu de la reconnaissance qu'on lui doit, reçoit un indigne traitement. Mais, quoique quelques-uns de ses compagnons les plus déterminés le pressassent de faire valoir la justice de sa cause contre une patrie ingrate et de saisir d'une main hardie le pouvoir que de bas courtisans l'accusaient de convoiter 2, il demeura si bien maître de lui-même , ou fut retenu si fortement par des sentiments de fidélité pour son souverain , qu'il rejeta ces dangereux conseils, et prit le seul moyen qui lui restât pour conserver sa dignité sans s'écarter de son devoir. Il résolut de ne pas s'exposer à la honte de se voir appelé en jugement dans un pays qui
(i) Herrera, Decad. III, lib. VIII, cap. i5; Decad. IV, lib. Il, cap. 1 ; lib. IV, cap. 9, 10. B. Diaz, chap. 172 , 196. Gomara, Cron. cap.
(2) B. Diaz, chap. r94.
4 525 avait été le théâtre de sa gloire et de ses triomphes, et, au lieu d'attendre l'arrivée des juges qu'on envoyait, il se rendit sans délai en Espagne pour y eonfîer sa cause et sa personne à la justice et à la générosité de son souverain \
Cortez parut dans sa patrie 2 avec un éclat convenable au conquérant d'un puissant royaume. Il avait apporté avec lui une grande partie de ses richesses , beaucoup de bijoux et d'ornements de grand prix, et différentes productions de la Nouvelle-Espagne 3. Il était accompagné par quelques Mexicains du premier rang et par les plus considérables de ses officiers. Son arrivée dissipa en un moment tous les soupçons et toutes les craintes. L'empereur , ne voyant plus rien à redouter des desseins qu'on prêtait à Cortez, le reçut comme un sujet fidèle qui se présentait à son maître en se reposant sur son innocence, et qui, par la grandeur de ses services, avait acquis des droits aux plus hautes distinctions. On lui accorda l'ordre de Saint- Jacques , le titre de marquis dei Valle de Guaxaca arec la propriété d'un vaste territoire dans la Nouvelle-Espagne ; et ,
(i) Herrera, Decad. 111. llb. IV, cap. 8.
(2) Ce fut en i5?.8 que Cortez revint en Espagne, d'après le conseil du cardinal Louisa , président du conseil des Indes et confesseur de l'empereur, qui lui avait écrit une lettre affectueuse pour lui faire connaître que ce souverain desirait le voir. (F. Piz. Orellana.) Varpn. ilust. 4el Nuevo-Mondo. p. 119. (D. L. R.)
(3 ) Voyez la note 10.