LIVRE CINQUIÈME. l
à cet emploi, et qui avait d'ailleurs l'adresse et la iô20 prudence nécessaires pour bien conduire les intrigues secrètes que Gortez avait le projet de se ménager parmi les troupes de Narvaez, et dans lesquelles il mettait sa plus grande confiance. Narvaez rejeta avec dédain toutes les propositions d'accommodement que lui fit Olmedo, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on l'empêcha de maltraiter cet ecclésiastique et ceux qui l'accompagnaient ; mais les envoyés de Cortez trouvèrent un accès plus favorable parmi les troupes. Ils avaient apporté diverses lettres de leur chef et de ses officiers à leurs anciens amis et compagnons. Les lettres étaient accompagnées de présents , comme d'anneaux, de chaînes d'or et d'autres bijoux précieux , propres à donner à ces aventuriers nécessiteux de grandes idées de la richesse de Cortez, et à leur faire envier le bonheur de ceux de leurs compatriotes qui étaient engagés à son service. Quelques-uns , dans l'espoir d'être admis au partage de ces riches dépouilles , se déclarèrent pour un accommodement immédiat avec Cortez. D'autres , par amour du bien public , voulaient qu'on prévînt une guerre civile qui ne manquerait pas , quelque parti qui l'emportât, d'ébranler et peut-être de renverser entièrement la puissance des Espagnols dans un pays où elle était encore si imparfaitement établie. Narvaez ne daigna écouter aucun de ces
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1520 avis, et déclara par un acte public Gortez et ses adhérents rebelles et ennemis de leur pays. Il est probable que Cortez, connaissant l'arrogance de Narvaez, s'attendait à cette réponse. Après avoir donné une preuve de ses dispositions pour la paix, et justifié ainsi la nécessité où il serait de recourir à d'autres moyens, il se détermina à marcher contre un ennemi qu'il avait inutilement tenté de fléchir. U marche \\ laissa en partant cent cinquante hommes dans la capitale', sous le commandement de Pedro d'Alvarado , officier d'un grand courage , et pour lequel les Mexicains avaient conçu beaucoup de respect. C'est à cette faible garnison qu'il confia la garde d'une grande ville, de tous les trésors qu'il avait amassés , et, ce qui est plus important encore, du monarque prisonnier. Il employa toute son adresse à cacher à Montézuma la véritable cause de son départ. Il s'efforça de lui persuader que les étrangers nouvellement arrivés étaient ses amis , sujets du même souverain , et qu'après une courte entrevue, ils partiraient tous ensemble pour retourner dans leur patrie. Montézuma, ne pouvant pénétrer les desseins des Espagnols , ni concilier ce qu'on lui disait maintenant avec les déclarations de Narvaez ,
(i) Bernai Diaz prétend que Cortfz ne laissa que quatre-vingt-trois hommes à Mexico ; dans les premières éditions des lettres de Cortez, ce nombre n'est que de cent quarante, tandis que dans des éditions postérieures il est porté à cinq cents. Clavigero pense que le nombre de cent quarante est le seul exact. (D. L. R.)