LIVRE SIXIÈME. I I
le riche pays dont il espérait devenir bientôt le 4 528 maître. Il suivit quelque temps la cote et communiqua paisiblement avec les naturels, aussi surpris à la vue de ces étrangers que les Espagnols euxmêmes l'étaient des marques d'opulence et de civilisation qu'ils apercevaient partout. Pizarre explora le pays autant qu'il était nécessaire pour constater l'importance de sa découverte. Il obtint des habitants quelques Hamas , animal domestique auquel les Espagnols donnèrent le nom de mouton, quelques vases d'or et d'argent , de petits ouvrages de leur industrie, et deux jeunes gens à qui il se proposait d'enseigner la langue espagnole pour en faire ses interprètes dans l'expédition qu'il méditait. Il arriva à Panama vers la fin de la troisième année qui s'était écoulée depuis qu'il en était parti '. Aucun aventurier de ce siècle n'avait éprouvé autant de malheurs et n'avait été exposé à de si grands dangers que Pizarre durant ces trois années. La patience avec laquelle il supporta les uns et le courage qu'il montra contre les autres surpassent tout ce que l'histoire du Nouveau-Monde nous présente dans le même genre , quoiqu'on y trouve ces vertus poussées jusqu'à l'héroïsme.
Ni les relations pompeuses que fit Pizarre de Nouveaux
projets des ai- (r) Herrera, Decad. III, Ub. X, cap. 3-6 ; Decad. J\ Ub. II, cap. 7, S. sociés. Vega , lib. /, cap. io-i'|. Zarate , Ub. /, cap. 2. Renzo , Hist. Novi orb/i, Ub. III , cap. x .
tii. 8
Il8 HISTOIRE DE l' AMERIQUE.
4 528 l'opulence incroyable des pays qu'il avait découverts, ni ses plaintes amères sur le rappel de ses troupes dans un temps où elles lui étaient nécessaires pour former un établissement, ne purent engager le gouverneur de Panama à s'écarter de son premier plan. Il soutint toujours que la colonie n'était pas en état d'envahir un si puissant empire, et refusa d'autoriser une expédition qui pouvait ruiner la province confiée a ses soins , en lui faisant faire des efforts au-delà de ses moyens. Mais toute sa froideur ne put ralentir l'ardeur des trois associés. Ils virent seulement qu'ils ne pourraient poursuivre l'exécution de leur projet sans être appuyés par une autorité supérieure et qu'il leur fallait solliciter auprès de leur souverain la permission qu'ils ne pouvaient obtenir de son délégué. Dans cette vue , après être convenus entre eux que Pizarre demanderait pour lui la place de gouverneur, Almagro , celle de lieutenant-gouverneur, et de Luque , la dignité d'évêque dans le pays qu'ils se proposaient de conquérir, Pizarre partit pour l'Espagne , chargé de leurs intérêts communs. La fortune de tous les trois était tellement épuisée par les dépenses qu'ils avaient déjà faites , qu'ils eurent beaucoup de peine à se procurer par un emprunt la petite somme nécessaire pour les frais de ce voyage '.
(0 Herrera, Decad. IV, lib. III, cap. i . Vega, II, Ub. I, cap. 14.