‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 56 sur 175 · LIVRE SIXIÈME. I IQ · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. I IQ

Pizarre ne perdit point de temps. Quelque nou- 1528 veau que fût pour lui le théâtre sur lequel il se p,zarrc sc

* l rend en Espa-

produisait , il parut devant l'empereur sans embar- gne pour y ras et avec la dignité d'un homme qui a le sen- négocier. timent des services qu'il a rendus. Il conduisit sa négociation avec une adresse insinuante ? qu'on ne devait attendre ni de son éducation , ni du genre de vie qu'il avait mené jusqu'alors. Les récits touchants de ses souffrances et les descriptions pompeuses des pays qu'il avait découverts, confirmés par les échantillons de leurs productions qu'il apportait , firent une telle impression sur Charles et sur ses ministres, que non-seulement ils approuvèrent le projet d'une nouvelle expédition, mais qu'ils parurent encore s'intéresser au succès du chef. Pizarre , abusant de ces dispositions favorables, négligea beaucoup les intérêts de ses associés. Comme de Luque ne courait pas la même carrière que lui , il obtint pour cet ecclésiastique la dignité à laquelle il aspirait ; mais il ne demanda pour Almagro que le commandement de la forteresse qu'on devait bâtir à Tumbès. Quant à lui-même , il se fit accorder tous les titres et toute l'autorité que son insatiable ambition pouvait désirer. Il fut fait gouverneur, capitaine- général , et n obtient le adelantade de toute la contrée qu'il avait découverte gouvernement

vi , , . - r ^ pour lui mê-

et qu il espérait conquérir , avec une autorité absolue, tant pour le militaire que pour le civil, ainsi 26 juillet.

I 'iO HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.

1529 que tous les privilèges concédés jusqu'alors aux: Conquérants du Nouveau-Monde. Sa juridiction indépendante du gouverneur de Panama , devait s'étendre sur un espace de deux cents lieues le long de la côte, au sud de la rivière de Sant-Jago; et il avait le pouvoir de nommer tous les officiers qui devaient servir sous lui. Pour ces concessions, qui ne coûtaient rien à la cour d'Espagne , puisque c'était à Pizarre lui-même a s'en mettre en possession par la conquête , le nouveau gouverneur s'engageait à lever deux cent cinquante hommes et à se pourvoir de vaisseaux , d'armes , et de munitions , pour soumettre à la couronne de Castille le pays dont on lui donnait le gouvernement. 4 520 Quelque peu considérable que fût le corps que 1 Pizarre s'était obligé de lever, il avait si peu de

de son arme- t> r

ment. fonds et si peu de crédit, qu'il put à peine engager

la moitié du nombre de soldats qu'il voulait avoir; de sorte qu'après avoir obtenu ses patentes il fui obligé de quitter secrètement le port de Séville pour éviter la visite des officiers chargés d'examiner s'il avait rempli ses engagements '. Cependant, avant son départ , il reçut quelques secours d'argent de Cortez, qui, étant retourné vers ce temps-là en Espagne, voulut contribuer aux succès d'un ancien compagnon dont il connaissait les talents et le courage , et qui entrait dans une carrière de gloire

(i) Honora, Decacl. IV, lib. VII, cap. 9.

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