LIVRE SIXIÈME. l
eux pour leur faire du bien ou pour punir leurs 1532 crimes , ou bien comme des ennemis de leur repos et de leur liberté ? Les protestations des Espagnols qui ne cessaient de dire qu'ils étaient venus apporter aux Péruviens la connaissance de la vérité, et les conduire dans le cbemin du bonheur, donnaient quelque vraisemblance à la première opinion ; mais ils étaient rejetés dans la seconde par les violences, la rapacité et la cruauté de ces terribles hôtes. Dans cette incertitude , la déclaration que Pizarre fit de ses intentions pacifiques dissipa les craintes de l'incas et le détermina à recevoir les Espagnols en amis. En conséquence on les laissa traverser paisiblement un désert sablonneux entre Saint-Michel et Motupé, où le plus petit effort d'un ennemi, joint à la détresse ou ils se trouvaient en s'avancant dans un si mauvais pays, aurait pu leur être fatal '. De Motupé ils s'avancèrent vers les montagnes qui environnent la partie basse du Pérou , et passèrent par un défilé si étroit et si inaccessible, qu'un petit nombre d'hommes aurait pu le défendre contre une armée nombreuse. Mais là encore, par l'imprudente crédulité de l'incas, ils ne rencontrèrent aucun obstacle , et prirent tranquillement possession d'un fort construit pour défendre ce passage important. A leur approche , Atahualpa leur fit renouveler les assurances de son amitié et leur en donna des gages en leur envoyant
(i) Voyez la note t6.
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4 552 des présents plus riches encore que les premiers. H arrive à a son entrée dans Caxamalca, Pizarre prit possession d'une grande cour ou place , dont un des cotés était formé par une maison que les historiens espagnols appellent le palais de Pinças , et l'autre par un temple du soleil , le tout environné d'un fort rempart de terre. Après avoir établi ses troupes dans ce poste avantageux, il dépêcha Fernand Soto et son frère Ferdinand au camp d'Atahualpa , éloigné de la ville d'environ une lieue. Ils étaient chargés de confirmer les assurances que Pizarre avait déjà données de ses dispositions pacifiques et de demander une entrevue avec l'incas, afin de lui expliquer plus au long les intentions que les Espagnols avaient eues en venant dans son pays. Ils furent reçus avec les attentions de l'hospitalité que les Péruviens eussent pu employer à l'égard de leurs meilleurs amis, et Atahualpaleur promit qu'il irait dès le lendemain visiter leur commandant dans son quartier. Le maintien décent du monarque , l'ordre qui régnait à sa cour, le respect avec lequel ses sujets approchaient de sa personne et exécutaient ses ordres , étonnèrent les Espagnols, qui n'avaient encore rien vu en Amérique au-dessus des petits caciques de quelques tribus sauvages. Mais leurs regards s'attachèrent bien davantage sur les immenses richesses étalées avec profusion dans le camp du monarque. Les ornements que portaient sur leurs personnes l'incas et
zarre.