‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 66 sur 175 · LIVRE SIXIÈME. 1 3q · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. 1 3q

de coureurs, et lui ouvraient le passage. Assis lui- 4 532 même sur une espèce de trône ou de lit, orné de plumes de diverses couleurs, presque couvert de plaques d'or et d'argent enrichies de pierres précieuses, il était porté sur les épaules de ses principaux courtisans. Derrière lui quelques-uns de ses premiers officiers étaient portés de la même manière. Plusieurs bandes de danseurs et de chanteurs accompagnaient cette marche, et toute la plaine était couverte de troupes au nombre de plus de trente mille hommes.

Dès que l'incas fut près du quartier des Espagnols, EtI"a"ge ha-

. . 7 . raamedeVal-

le P. Vincent Valverde , aumônier de l'expédition , verJCp s'avança un crucifix à la main et son bréviaire dans l'autre, et dans un long discours exposa au monarque la doctrine de la création , la chute du premier homme , l'incarnation , la passion et la résurrection de J.-C, le choix que Dieu avait fait de saint Pierre pour être son vicaire sur la terre , le pouvoir de saint Pierre transmis aux papes , et la donation faite au roi de Castille par le pape Alexandre de toutes les régions du Nouveau^Monde. Après avoir exposé toute cette doctrine , il somma Atahualpa d'embrasser la religion chrétienne , de reconnaître l'autorité suprême du pape , et le roi de Castille comme son légitime souverain , lui promettant , s'il se soumettait immédiatement , que le roi son maître prendrait le Pérou sous sa protection , et lui permettrait de continuer d'y régner, mais lui déclarant la guerre

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1532 et le menaçant de la plus terrible vengeance s'il refusait d'obéir et s'il persévérait dans son impiété. Réponse de Cet étrange discours, qui contenait des mystères incompréhensibles et qui faisait allusion à des faits inconnus, dont toute l'éloquence humaine ne pouvait donner en si peu de temps une idée distincte à un Américain, fut si mal rendu par l'interprète, qui entendait peu l'espagnol et qui ne pouvait s'exprimer avec clarté dans la langue de l'incas, qu'Atahualpa n'en comprit presque rien. Seulement quelques points de la harangue de Valverde plus faciles à saisir le remplirent d'étonnement et d'indignation. Sa réponse fut pourtant modérée. Il commença par observer qu'il était maître de son royaume par le droit de succession , et qu'il ne pouvait concevoir comment un prêtre étranger prétendait disposer de ce qui ne lui appartenait pas ; que si cette prétendue donation avait été faite, lui qui était le légitime propriétaire refusait delà confirmer; qu'il n'était point du tout disposé à renoncer à la religion qu'il tenait de ses ancêtres et à abandonner le culte du soleil , divinité immortelle que lui et son peuple adoraient , pour adorer le Dieu des Espagnols qui était sujet à la mort; qu'à l'égard des autres points traités dans le discours du harangueur il n'en avait jamais entendu parler, qu'il n'y comprenait rien, et qu'il désirerait de savoir où Valverde avait appris des choses si extraordinaires. Dans ce livre,

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