‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 67 sur 175 · LIVRE SIXIÈME. l/jl · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. l/jl

dit Valverde en lui présentant son bréviaire. L'incas 1532 prit le livre avec empressement, et, après en avoir tourné quelques feuillets , l'approcha de son oreille, a Ce que vous me donnez là ne parle pas et ne me dit rien », reprit-il en jetant avec dédain le livre à terre. Le moine furieux court à ses compagnons et leur crie : « Aux armes! chrétiens; la parole de « Dieu est profanée , vengez ce crime sur ces chiens « d'infidèles \ »

Pizarre , qui , durant cette longue conférence , Pizarre at avait eu de la peine à retenir ses soldats, impatients aque de se jeter sur les richesses qu'ils avaient sous les yeux , donna le signal de l'attaque. A l'instant les instruments militaires des Espagnols se firent entendre; les canons et les mousquets commencèrent à tirer, les chevaux s'élancèrent, et l'infanterie tomba sur les Péruviens l'épée à la main. Les malheureux Américains , étonnés d'une attaque si soudaine et à laquelle ils s'attendaient si peu, troublés par les terribles effets des armes à feu et par l'irrésistible impétuosité de la cavalerie, prirent la fuite de tous les cotés sans essayer même de se défendre. Pizarre, à la tête de sa troupe d'élite, pousse droit à l'incas; et , quoique les grands de sa suite s'empressassent autour de leur monarque et lui fissent un bouclier de leurs corps en se dévouant à l'envi pour le défendre, il arrive bientôt jusqu'à lui, le saisit

(i) Voyez la note 17.

ll\1 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.

4 532 par le bras, le fait descendre de son trône, et l'em-

n se rend mène dans son quartier. La prise du monarque pré-

maitrc de la cipita la fuite de toutes ses troupes. Les Espagnols

„. ' e les poursuivirent de tous les cotés, et continuèrent

1 incas. L '

de massacrer de sang froid et avec une barbarie réfléchie des fuyards qui ne faisaient aucune résistance. Le carnage ne finit qu'avec le jour. Il y eut plus de quatre mille Péruviens égorgés ; aucun Espagnol ne périt, et Pizarre seul fut légèrement blessé à la main par un de ses propres soldats qui s'était saisi avec trop de précipitation de la personne de l'incas \

Les richesses amassées dans le pillage du camp surpassèrent toutes les idées que les Espagnols s'étaient faites du Pérou ; et ils furent si transportés de cet étonnant succès , qu'ils passèrent la nuit dans l'ivresse d'une joie insensée, naturelle à de misérables aventuriers qui éprouvaient en si peu de temps un changement si extraordinaire dans leur fortune. Abattement Aux premiers moments de sa captivité, l'incas de mcas. pouvait à peine croire à un événement si inattendu ; mais il sentit bientôt toute l'horreur de sa destinée, et son abattement fut proportionné à la hauteur d'où il était tombé. Pizarre, craignant de perdre tous les avantages qu'il pouvait tirer de la possession d'un prisonnier de cette importance, s'efforça de le consoler par des démonstrations de

(r) Voyez la note i8.

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