‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 68 sur 175 · LIVRE SIXIEME. I · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME. I

douceur et de respect que démentaient ses actions. 15S2 En vivant parmi les Espagnols l'incas démêla bientôt la passion qui les dominait et qu'ils ne prenaient pas la peine de cacher ; il crut pouvoir la faire servir à se procurer la liberté. Il offrit aux Espagnols une rançon qui les étonna , malgré tout ce qu'ils connaissaient déjà de la richesse de son royaume. La chambre où il était gardé avait vingt-deux pieds de long et seize de large; il s'engagea à la remplir de vases et d'ustensiles d'or jusqu'à la hauteur où un homme peut atteindre. Pizarre accepta sans hésiter des offres si séduisantes , et l'on tira une ligne sur les murs de la chambre pour marquer la hauteur à laquelle le trésor promis devait s'élever.

Atahualpa, transporté de joie par l'espoir de recouvrer sa liberté , prit sur-le-champ des mesures pour remplir son engagement. Il envoya des messagers à Gusco , à Quito , et dans tous les lieux où l'or était en plus grande abondance, soit dans les temples , soit dans les palais des incas , et les chargea de rapporter directement à Gaxamalca le prix qu'on mettait à sa rançon. Quoiqu'il fût prisonnier chez ses ennemis , les Péruviens étaient si accoutumés à respecter tous les ordres de leurs souverains, qu'ils obéirent avec la plus grande promptitude. Calmés par l'espérance de voir leur roi bientôt libre , ils ne voulurent pas mettre sa vie en danger en formant la moindre tentative pour le dé-

^532 livrer ; et , quoique les forces de l'empire fussent encore entières , on ne fît pas de préparatifs , on n'assembla pas d'armée pour venger les insultes faites à l'état et au souverain'. Les Espagnols demeurèrent tranquilles à Caxamalca. Pizarre envoya dans les

Les Lspa- *■ J

j;uols visitent provinces éloignées de petits détachements qui ,

. loin de trouver aucune résistance , furent partout

provinces. Al-

différentes

ovinces. Al

magro arrive reçus avec des témoignages de respect et de sou-

avec un ren- mission \

Quelque peu considérables que fussent ces détachements et quelque desir qu'eût Pizarre de connaître un peu l'intérieur du pays ? il se serait bien gardé d'affaiblir ainsi son corps de troupes s'il

Décembre, n'avait pas reçu dans le même temps la nouvelle qu'Almagro était débarqué à Saint-Michel avec un renfort qui allait presque doubler ses forces 3. L'arrivée de ce secours si long-temps attendu était aussi alarmante pour l'incas qu'agréable aux Espagnols. Le monarque prisonnier voyait le pouvoir de ses ennemis s'accroître; et, comme il ne connaissait ni d'où venaient ces étrangers ? ni par quels moyens ils étaient conduits au Pérou , il lui était impossible de prévoir jusqu'où pouvait aller l'inondation qui 4533 fondait sur ses états. Tandis qu'il était tourmenté

Huascar est (]e ces inquiétudes j il apprit que quelques Espa-

inis à mort. . . , . .

gnols marchant vers Cusco, avaient rendu visite

(i) Xérès, 2o5.

(2) Voyez la note ty.

(3) Xérès, 204. Herrera , Decad. V. lïb. 111, cap. 1, 2.

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