‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 74 sur 175 · LIVRE SIXIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. I

Accablé de sa destinée, Atahualpa s'efforça d'obte- 1533 nir par ses larmes, ses promesses et ses prières d'être envoyé en Espagne , où un monarque en serait l'arbitre. Mais la pitié était un sentiment inconnu au cruel Pizarre. Il ordonna que l'exécution fût faite sur-le-champ , et ce qui ajouta encore à l'amertume des derniers moments du malheureux prince, le même moine qui venait de ratifier sa sentence se présenta à lui pour le consoler et tenta de le convertir. Le plus fort argument dont fit usage Valverde pour faire embrasser à l'incas la religion chrétienne fut la promesse qu'on adoucirait la rigueur de son supplice. La crainte d'une mort cruelle lui arracha la demande du baptême. La cérémonie fut Et exécuté, faite, et Atahualpa, au lieu d'être brûlé, fut étranglé au poteau auquel il était attaché '.

Heureusement pour l'honneur de la nation es- plusieurs Espagnole, même parmi ces aventuriers abandonnés Pagnols s'éle-

x . v -il ; vent contre

a tous les excès et sortis de leur patrie pour con- cettevioleuce. quérir et désoler le Nouveau-Monde, il se trouvait encore des hommes qui conservaient des sentiments d'honneur et de générosité dignes du nom castillan. Quoique Ferdinand Pizarre fût parti pour l'Espagne avant le procès d' Atahualpa ? et que Soto eût été envoyé dans un poste éloigne de Caxamalca, cette cruelle exécution ne se fit pas sans opposi-

(i) Zarate, lib. 11 \ cap. 7. Xérès,/?. 233. Vega, p. 1, lib. 1, cap. 36, 27. Gomara, Hist. cap. 117. Herrera, Decad. V, lib. 111, cap. 4.

1553 lion. Plusieurs officiers, et particulièrement quelques-uns de la plus grande réputation et des plus nobles familles, firent non -seulement des remontrances , mais protestèrent contre ce jugement , comme déshonorant pour leur patrie et contraire à toutes les maximes de l'équité , comme une violation de la foi publique et comme une usurpation de juridiction sur un souverain indépendant, juridiction à laquelle ils n'avaient aucun droit. Toutes leurs démarches furent Vaines : le nombre et l'opinion de ceux qui regardaient comme légitime tout ce qu'ils croyaient leur être avantageux l'emportèrent. Mais l'histoire se plaît a conserver le souvenir des efforts que fait la vertu, lors même qu'ils sont inutiles, et les écrivains espagnols, en rapportant ces événements où la valeur de leurs compatriotes se montre bien plus que leur humanité, ont conservé les noms de ceux qui tentèrent ainsi de dérober leur patrie à la honte d'un si grand crime \ Dissolution Après la mort d'Atahualpa , Pizarre investit un du gouverne- jes £js de ce prince de la royauté , espérant que ce

ment et de , i • 1 •

toute police jeune homme sans expérience deviendrait entre

intérieure au ses mains un instrument passif, et qu'il se servirait

de lui plus aisément que d'un monarque ambitieux

accoutumé à un commandement indépendant. Les

(i) Vega, p. 2. tib. I, cap. 'i-j. Xérès /, 2 3 5. Herrera , Dem<l r. lié. III f cap. 5

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