‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 98 sur 175 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

midi, temps de repos dans tous les pays chauds, 45^1 Ilerrada et dix-huit des plus déterminés conjurés sortent de la .maison d'Almagro, armés de toutes pièces et l'épée à la main. Ils s'avancent à grands pas vers le palais du gouverneur , en criant : five le roi ; meure le tyran /Les autres conspirateurs, avertis par un signal , se tiennent en armes à différents postes pour les soutenir. Pizarre , ordinairement environné d'une suite nombreuse , telle que pouvait l'avoir le particulier le plus riche du siècle dans lequel il vivait , n'avait alors presque personne auprès de lui , parce qu'il venait de se lever de table et que la plupart de ses domestiques s'étaient retirés dans leurs chambres. Les conjurés passèrent les deux premières cours sans obstacle. Ils étaient déjà au pied de l'escalier, lorsqu'un page donna l'alarme à son maître , qui conversait avec quelques amis dans une grande salle. Le gouverneur , qu'aucun danger n'étonnait , demanda ses armes et ordonna à François de Chaves de fermer

la porte ; mais cet officier, ne conservant pas assez de présence d'esprit pour exécuter un ordre si prudent , courut jusque sur l'escalier et demanda aux conjurés ce qu'ils voulaient et où ils allaient. Au lieu de répondre , ils lui percent le cœur d'un coup de poignard et se précipitent dans la salle. Quelques-uns de ceux qui y étaient se jetèrent par les fenêtres, d'autres tentèrent de s'échapper, et un m. i3

igS HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.

I5'M petit nombre se mettant en défense suivirent le gouverneur dans une chambre voisine. Les conjurés, animés par la vue de l'objet de leur haine, les y poursuivirent. Pizarre , sans autres armes qu'un bouclier et son épée, défendit l'entrée, et, Ahhagro est aidé de son beau-frère Àlcantara ' et de sa petite

reconnu pour ,, . ., . , . . , ,

son succès- troupe d amis , il soutint un combat si inégal avec seur. une bravoure digne de ses anciens exploits et la

vigueur d'un jeune homme. « Courage , compa- « gnons, s'écriait-il , nous sommes encore assez de « braves gens pour faire repentir ces traîtres de « leur audace. » Mais, les conjurés couverts de leur armure se défendaient aisément des coups qu'on leur portait , tandis que tous les leurs faisaient couler le sang. Alcantara tomba mort aux pieds de son frère. Ses autres amis étaient presque tous blessés mortellement. Le gouverneur, si las qu'il pouvait à peine manier son épée et hors d'état de se défendre contre tant d'ennemis , reçut un coup mortel dans la poitrine, tomba et mourut sur-le-champ 2. Aussitôt les assassins coururent dans les rues , leurs épées sanglantes à la main , et publiant la mort du tyran.

(i) Garcil. de la Vega dit, en parlant de cet événement, que François Pizarre avait auprès de lui son alcade mayor, le docteur "Velasquez , le capitaine Francisco de Chaves , Francisco Martin de Alcantara, son frère utérin , et douze ou treize des gens de sa maison. Hlst. gen. del Peru , chap. ix.

(2) Des Nègres traînèrent à l'église le corps de ce grand capitaine qui avait gouverné un territoire de neuf cents lieues d'étendue; Jean Barbazem son ancien domestique , osa seul venir le réclamer pour lui rendre

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