LIVRE QUATRIÈME
des reptiles et des insectes. Quoique ce *fléau ne soit pas particulier au Nouveau-Monde , et que ces odieuses familles , nées de la chaleur , de l'humidité et de la corruption x , infestent toutes les parties de la zone torride, elles se multiplient peut-être encore plus favorablement en Amérique ^ et les individus y parviennent à une grosseur plus monstrueuse. Comme cette contrée est en général moins cultivée et moins peuplée que les autres parties de la terre ? le principe de la vie y consume son activité et sa force dans les productions de cette classe inférieure. L'air y est souvent obscurci par des nuées d'insectes , et la terre couverte de reptiles hideux et malfaisants. Les environs de Porto- Belo produisent une si grande multitude de crapauds , que la surface de la terre en est entièrement cachée. Les serpents et les vipères ne sont guère moins nombreux à Guayaquil. Carthagène est infectée de bandes nombreuses de chauve-souris , qui tourmentent non-seulement les troupeaux, mais les hommes même \ Dans les îles on voit de temps en temps des légions de fourmis consumer toutes les productions végétales3, et laisser la terre aussi par-
(i) La chaleur, l'humidité et la corruption ne peuvent produire par elles-mêmes aucun être animé; elles en favorisent seulement la multiplication. ( D, L. R. )
(2) Voyage de UHoa, iom. I,p. 89; Idem./?. i47.Herrera, Decad. II, lib. III, cap. 3, 19.
(3) Voyez la note 18.
llG HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
faitement dépouillée que si elle avait été dévorée par le feu. Les forets humides et le sol marécageux des pays qui bordent l'Orérioque et le Maragnon , fourmillent de presque tous les animaux malfaisants et venimeux auxquels l'activité d'un soleil brûlant peut donner la vie '.
oiseaux. Les oiseaux du Nouveau-Monde ne sont pas dis-
tingués par des qualités aussi marquées et aussi caractéristiques que celles qui ont été observées dans les quadrupèdes. Les oiseaux sont plus indépendants de l'homme et moins affectés par les changements que son industrie et son travail opèrent dans l'état de la terre. (Ils ont une plus grande propension à passer d'un pays à un autre ; et ils peuvent aisément et sans danger satisfaire cet instinct de leur nature. Aussi le nombre des oiseaux propres aux deux continents est -il beaucoup plus grand que celui des quadrupèdes, et les espèces mêmes particulières à l'Amérique ressemblent beaucoup à celles que l'on trouve dans les régions correspondantes de l'ancien hémisphère. Les oiseaux américains de la zone torride , comme ceux du même climat en Asie et en Afrique , sont parés d'un plumage qui éblouit l'œil par l'éclat et la beauté de ses couleurs ; mais la nature, qui semhle s'être contentée
(i) Voyage de L;i Condaniine, /;. i ( i 7 . (lumilla, foin. III, p. 19.0, etc. Wltt.gén. des voyages, tom. XIV, pag. '{17. Dumonl , Mémoire sur la Louisiane, font. I, p. toS. Sommario de Oviedo, cap. ^-fts.