LIVRE QUATRIÈME
parce qu'ils étaient peu tourmentés parles hommes, qui n'étaient encore ni assez nombreux ni assez unis en société pour s'être rendus redoutables aux animaux; cependant le nombre des espèces distinctes ne peut être encore regardé que comme très petit. De deux cents espèces différentes de quadrupèdes répandues sur la surface de la terre ? on n'en trouva en Amérique qu'environ un tiers lorsqu'elle fut découverte1. La nature était non-seulement moins féconde dans le Nouveau-Monde , mais elle semble encore avoir été moins vigoureuse dans ses productions. Les quadrupèdes qui appartiennent originairement à cette partie du globe paraissent être d'une race inférieure ; ils ne sont ni aussi robustes ni aussi féroces que ceux de l'ancien continent 3. Jl n'y en a aucun en Amérique qu'on puisse comparer à l'éléphant et au rhinocéros pour la grandeur, ni au lion ou au tigre pour la force et la férocité 3. Le tapir du Brésil , le plus grand des quadrupèdes du Nouveau - Monde 4 , est de la grosseur d'un veau de six mois. Le pumas et le jaguar, les plus farouches des animaux carnassiers , et auxquels les Européens ont donné mal à propos les dénominations de lions et de tigres , n'ont ni le courage indomptable des premiers, ni
(i) Buffon , Hist. nal., tom. IX, p. 86. (2) Voyez la noie i3.
{V) Voyez la note 14.
(4) Voyez la note i5.
la voracité cruelle des derniers1. Ils sont indolents et timides , peu redoutables pour l'homme , et ils s'enfuient souvent à la moindre apparence de résistance '• Les mêmes qualités du climat d'Amérique qui rendent les animaux indigènes plus petits, plus faibles et plus timides , ont exercé leur influence pernicieuse sur ceux qui y ont passé spontanément de l'autre continent , ou qui y ont été transportés par les Européens5. Les ours, les loups, les bétes fauves d'Amérique ne sont pas égaux en volume à ceux de l'ancien monde 4. La plupart des animaux domestiques dont les Européens ont pourvu les provinces où ils se sont établis ont dégénéré et pour la grosseur et pour la qualité , dans un pays dont la température et le sol semblent être moins favorables à la force et à la perfection du genre animal5.
insectes et Mais les mêmes causes qui concouraient à dimireptiies. nuer le volume et la vigueur des plus grands animaux favorisaient la propagation et l'accroissement
(i)Buffon, Hist. nat., tom. IX, pag. 87. Margravii, Hist. nat. Drasil., pag. 229.
(2) Ruffon, Hist. nat., tom. IX , pag. i3, 2o3. Acosla, Hist. lib. IV, cap. 34. Pisonis , Hist. pag. 6. Hcrrera, Decad. IV, lib. IV, cap. 1; lib. X , cap. i\. Voyez la noie 16.
(3) Churchill, tom. V, pag. (igi. Ovalle , Relat. of Chili, Church. tom. III, p. 10. Sommario de Oviedd, cap. 14-22. Voyage de. Des Marchais, tom. III , pag. 299,
(4) Buffoil, Hist. nat., tom. IX, pag. ro3. Kn\n\ s tra iris, tom. I, 102. Riette, Voy.de la F raine équin. pag. 33ç>. (.1!) Voyez les noies 1 \ et ; 7.