‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 101 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. 2lq · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 2lq

ame : là , accroupi près du feu dans sa cabane ; ici, étendu à l'ombre de quelques arbres, il consume ses journées dans un sommeil presque continuel, ou dans une inaction stupide qui en diffère peu. Comme les liqueurs fortes le tirent de cet état de torpeur, donnent à ses esprits un mouvement plus rapide et l'animent encore plus fortement que la danse ou le jeu, il en est excessivement avide. Un sauvage qui n'est pas en action est un animal triste et pensif; mais dès qu'il boit ou qu'il a seulement l'espérance de boire d'une liqueur enivrante, il prend de la vivacité et de la gaîté '. Quel que soit le prétexte ou l'occasion qui rassemble les Américains , la séance se termine toujours par une débauche. Plusieurs de leurs fêtes n'ont point d'autre objet, et ils en voient arriver l'époque avec des transports de joie. Gomme ils ne sont accoutumés à contraindre aucun de leurs sentiments , ils ne mettent point de bornes à celui-ci. La fête dure souvent sans interruption pendant plusieurs jours, et quelque funestes que puissent être les suites de leurs excès, ils ne cessent de boire que lorsqu'il ne reste plus une seule goutte de liqueur. Ceux d'entre eux qui sont les plus distingués , les guerriers les plus célèbres , les chefs les plus renommés pour leur sagesse, n'ont pas plus d'empire sur euxmêmes que le dernier membre de la communauté.

(r) Mdendes, Tcsorcs Verdad. III, 36t>.

L'attrait irrésistible d'un plaisir présent les aveugle sur les conséquences , et ces hommes, qui dans d'autres situations semblent doués d'une force d'ame plus qu'humaine , ne sont dans celle-ci que de vils esclaves d'un appétit brutal, inférieurs aux enfants en prévoyance aussi bien qu'en raison1 . Lorsque leurs passions , qui sont naturellement fortes, sont encore excitées et enflammées par l'ivresse, ils se portent aux plus terribles excès , et la fête se termine rarement sans des actes de violence et même sans qu'il y ait du sang répandu \

Au milieu de cette débauche extravagante , une circonstance mérite d'être remarquée : chez la plupart des nations américaines il n'est pas permis aux femmes de prendre part à la fête3. Leur occupation est de préparer la liqueur, de la servir aux convives , et d'avoir soin de leurs maris et de leurs parents lorsqu'ils ont perdu la raison. Rien ne prouve plus l'état d'infériorité des femmes , et le mépris avec lequel elles étaient traitées dans le Nouveau-Monde, que cet usage de les exclure d'un plaisir si recherché de tous les sauvages. Lorsqu'on découvrit l'Amérique septentrionale, les habitants ne connaissaient encore aucune boisson enivrante ; mais les Européens ayant trouvé bientôt un inté-

(t) Bibas, g. CJHoa, r, 33f

(a) Lettres étUf. //, 178. TOTquemada, Mond.Ind.l, 3.15.

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