‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 103 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

dire des mains de la nature , est partqut le même. Dans les premiers instants de l'enfance , soit parmi les sauvages les plus bruts, soit dans la société la plus civilisée, on ne lui reconnaît aucune qualité qui marque quelque distinction ou quelque supériorité. Il paraît partout susceptible de la même perfectibilité, et les talents qu'il peut acquérir par la suite , ainsi que les vertus qu'il peut devenir capable d'exercer, dépendent entièrement de l'état de société dans lequel il se trouve placé. Son esprit se conforme naturellement à cet état et en reçoit ses lumières et ses idées. Ses facultés intellectuelles sont mises en activité , en proportion des besoins habituels que sa situation lui fait éprouver et des occupations qu'elle lui impose. Les affections de son cœur se développent selon les rapports qui se trouvent établis entre lui et les êtres de son espèce. Ce n'est qu'en suivant ce grand principe que nous pourrons découvrir quel est le caractère de l'homme dans les différents périodes de ses progrès.

Si nous l'appliquons à la vie sauvage, et que nous mesurions à cette règle les qualités de l'esprit humain dans cet état de société , nous trouverons , comme je l'ai déjà observé, que les facultés intellectuelles de l'homme doivent être extrêmement limitées dans leurs opérations. Elles sont renfermées dans l'étroite sphère de ce qu'il regarde comme nécessaire à ses besoins : tout ce qui ne s'y

rapporte pas n'attire point son attention et n'est point l'objet de ses recherches. Mais quelque bornées que puissent être les connaissances d'un sauvage , il possède parfaitement la petite portion d'idées qu'il a acquises : elles ne lui ont point ètè communiquées par une instruction méthodique ; elles ne sont point pour lui un objet de curiosité et de pure spéculation ; c'est le résultat de ces propres observations et le fruit de son expérience ; elles sont analogues à sa condition et à ses besoins. Tandis qu'il est engagé dans les occupations actives de la guerre ou de la chasse , il se trouve souvent dans des situations difficiles et périlleuses, dont il ne peut se tirer que par des efforts de sagacité ; il s'engage dans des démarches ou chaque pas dépend de sa pénétration à discerner le danger auquel il est exposé, et de son habileté à saisir les moyens d'y échapper.

Comme les talents des individus sont mis en activité et perfectionnés par cet exercice répété de l'esprit , ils déploient , dit-on , beaucoup de sagesse politique dans la conduite des affaires de leurs petites communautés. Le conseil de vieillards , délibérant sur les intérêts d'une bourgade américaine, et décidant de la paix ou de la guerre , a été comparé aux sénats des républiques policées, et, si l'on s'en rapporte aux voyageurs, souvent les procédés du premier ne son! pas conduits avec moins d'ordre

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