‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 104 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

et de sagacité que ceux des derniers. De grandes combinaisons politiques sont mises en œuvre pour peser les différentes mesures qu'on propose , et pour en balancer les avantages probables avec les inconvénients qui peuvent en résulter. Les chefs qui aspirent à obtenir la confiance de leurs concitoyens emploient beaucoup d'adresse et d'éloquence pour acquérir la prépondérance dans ces assemblées ' . Mais chez des nations grossières les talents politiques ne peuvent se déployer que dans un cercle fort étroit. Partout ou l'idée de propriété particulière n'est pas encore connue, et où aucune juridiction criminelle n'est établie , il n'y a presque point d'occasion d'exercer aucune fonction de police intérieure. Partout où il n'y a point de commerce ? où il n'y a que très peu de communication entre les différentes tribus , et où les haines nationales sont implacables et les hostilités presque continuelles, il ne peut y avoir que peu d'objets d'intérêt public à discuter avec ses voisins; et ce département, qu'on pourrait appeler des affaires étrangères, n'est pas assez compliqué pour demander une politique bien profonde. Partout où les individus manquent de prévoyance et de réflexion, au point de ne savoir prendre que rarement des précautions efficaces pour leur propre conservation, on ne doit pas s'attenare à voir les délibérations et les mesures publiques réglées par la considération de

(i) Charlevoix, Hist. delà Nouv. Fr. III, 9.G9.

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l'avenir. Le génie des sauvages est de se conduire par les impressions du moment. Ils sont incapables de former des arrangements compliqués , relativement à leur conduite future. Les assemblées des Américains sont à la vérité si fréquentes , et leurs négociations si longues et si multipliées l , que cela donne à leurs procédés une apparence extraordinaire de sagesse; mais c'est moins dans la profondeur de leurs vues qu'il faut en chercher la cause que dans la froideur de leur caractère qui les rend très lents à prendre une résolution 2. Si nous en exceptons la ligue célèbre qui a uni les cinq nations du Canada en une république fédérative dont on parlera en son lieu, nous ne découvrirons parmi les nations sauvages de l'Amérique que peu de traces d'une habileté politique , qui suppose un certain degré de prévoyance ou de supériorité d'esprit. Nous verrons même chez ces cinq nations 9 les opérations publiques plus souvent dirigées par la férocité impétueuse de leurs jeunes gens que par l'expérience et la sagesse de leurs vieillards.

En même temps que la conduite de l'homme dans l'état sauvage est peu favorable aux progrès de l'esprit, elle tend aussi a quelques égards à resserrer le cœur et à réprimer l'exercice de la sensibilité. Le sentiment le plus fort qui soit dans l'ame d'un sau-

(i) Voyez la noto qi.

(a) Charlevoix, Hist, delà Nouv. Fr. ///, i->..

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