‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 106 sur 161 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

vouloir imposer aux autres une charge ou gêner leur volonté.

J'ai déjà remarqué l'influence de cette dureté de caractère sur la vie domestique , relativement à l'union du mari avec la femme, de même qu'à celle des pères avec les enfants. Les effets n'en sont pas moins sensibles dans l'exercice de ces devoirs mutuels d'affection qu'exigent souvent la faiblesse et les accidents attachés à la nature humaine . Dans certaines tribus , lorsqu'un Américain est attaqué d'une maladie, il se voit généralement abandonné par tous ceux qui étaient autour de lui , et qui , sans s'embarrasser de sa guérison , fuient dans la plus grande consternation pour éviter le danger supposé de la contagion '. Chez les nations même ou l'on n'abandonne pas ainsi les malades, la froide indifférence avec laquelle ils sont soignés ne leur procure que de faibles consolations. Ils ne trouvent dans leurs compagnons ni ces regards de la pitié, ni ces douces expressions , ni ces services officieux qui pourraient adoucir ou leur faire oublier leurs souffrances 2. Leurs parents les plus proches refusent souvent de se soumettre à la plus petite incommodité, ou de se priver de la moindre bagatelle pour les soulager

(1) Lettres du P. Cataneo, ap. Muratori Christian. I, 3 09. Du Tertre, II, 410. Lozano, 100. Herrera, Decad. IV, lih. VIII, cap. 5; Decad. V, lib. IV, cap. 2. Falkner's Descr. of Patagonia, 98.

(2)Gumilla I, 329. Lozano, 100.

s3o HISTOIRE DE 1/ AMERIQUE.

ou leur être utiles'. L'ame d'un sauvage est si peu susceptible des sentimens qu'inspirent aux hommes ces attentions qui adoucissent l'infortune, que dans quelques provinces de l'Amérique les Espagnols ont jugé nécessaire de fortifier par des lois positives les devoirs communs del'humanité,et d'obliger les maris et les femmes , les pères et les enfants , sous des peines très graves , à prendre soin les uns des autres dans leurs maladies \ La même dureté de caractère est encore plus frappante dans la manière dont ils traitent les animaux. Avant l'arrivée des Européens , les naturels de l'Amérique septentrionale avaient quelques chiens apprivoisés qui les accompagnaient dans leurs chasses, et les servaient avec toute l'ardeur et la fidélité particulières à cette espèce. Mais au lieu de cet attachement que nos chasseurs sentent naturellement pour ces compagnons utiles de leurs plaisirs , le chasseur américain recevait avec dédain les services de son chien , le nourrissait rarement et ne le caressait jamais'. En d'autres provinces où les animaux domestiques d'Europe ont été introduits , les Américains ont appris à les faire servir à leurs travaux; mais on a généralement observé qu'ils les traitent très durement4, et n'emploient jamais que la violence et la cruauté pour les dompter ou les gou-

(t) Garcia, Origan. 90. 1 ferrera , Decad. IV, lié. VIII, cap. 5. (1) Cogolludo, Hist. de Yucatan, p. 3oo.

(3) Charlevoix, Hist. de la Nouv. Fr. III, 119-337.

(4) ITIIoa, IVotic American. 3 ta.

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