‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 108 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

deux occupations les plus intéressantes de leur vie. La guerre est chez eux un système de ruse, où ils préfèrent le stratagème à la force ouverte, et où leur imagination est continuellement appliquée à trouver les moyens d'envelopper ou de surprendre leurs ennemis. Gomme chasseurs, leur constant objet est de tendre des pièges au gibier qu'ils veulent détruire. Aussi l'artifice et la finesse ont été généralement regardés comme formant le caractère distinctif de tous les sauvages. Ceux des tribus les plus grossières de l'Amérique sont distingués par leur adresse et leur duplicité. Ils mettent un secret impénétrable dans la combinaison de leurs plans ; ils les suivent avec une patience et une constance à toute épreuve, et il n'y a aucun raffinement de dissimulation qu'ils ne puissent employer pour en assurer le succès. Les naturels du Pérou * étaient occupés depuis plus de trente ans à concerter le plan de leur soulèvement sous la vice-royauté du marquis de Villa-Garcia; mais, quoique ce projet eût été communiqué à un grand nombre d'Indiens de tous les ordres, il n'en avait pas transpiré la moindre indication pendant ce long espace de temps; personne n'avait trahison secret; aucun regard indiscret, aucune parole imprudente n'avait fait naître

(i) Le soulèvement des Indiens Chunchos dans la province de Tanna, ef non des naturels de tout le Pérou, comme on pourrait le croire d'après les expressions de Robevtson, eut Hou en 1742. (D. L. R )

le moindre soupçon sur le plan qui se tramait '. Cet esprit de dissimulation et de finesse n'est pas moins remarquable dans les individus que dans les nations. Quand ils veulent tromper ils se déguisent avec tant d'artifice qu'il est impossible de pénétrer leurs intentions, ni de démêler leurs desseins \

S'il y a des défauts et des vices particuliers à la vie sauvage , il y a aussi des vertus qu'elle fait naître et de bonnes qualités dont elle favorise l'exercice et le développement. Les liens de la société sont si peu gênants pour les membres des tribus les plus sauvages de l'Amérique, qu'à peine éprouvent-ils quelque contrainte. De là cet esprit d'indépendance qui fait l'orgueil d'un sauvage , et qu'il regarde comme le droit inaliénable de l'homme. Incapable de se soumettre à aucun frein , et craignant de reconnaître un supérieur, son ame , quoique bornée dans l'exercice de ses facultés et égarée par l'erreur sur plusieurs points , acquiert par le sentiment de sa propre liberté une élévation qui donne à l'homme en beaucoup d'occasions une force , une persévérance et une dignité étonnantes.

Si l'indépendance entretient cet esprit de fierté chez les sauvages, les guerres perpétuelles dans lesquelles ils sont engagés le mettent en activité. Ils ne connaissent point ces longs intervalles de tranquil-

(i) Voyage de Ullou , //, 3o$.

(a) Humilia, I, ifo. Charlevoii, III, 109.

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