‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 109 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

lité, fréquents dans les états civilisés. Leurs haines, comme je l'ai déjà observé 9 sont implacables et éternelles. Ils ne laissent pas languir dans l'inaction la valeur de leurs jeunes gens, et ils ont toujours la hache a la main , ou pour attaquer, ou pour se défendre. Même , dans leurs expéditions de chasse , ils sont obligés de se tenir en garde contre les surprises des nations ennemies dont ils sont environnés. Accoutumés à des alarmes continuelles ils se familiarisent avec le danger, et le courage devient parmi eux une vertu habituelle, résultant naturellement de leur situation et fortifiée par un exercice constant. La manière de déployer le courage peut n'être pas chez des peuples bruts et peu nombreux la même que dans les états puissants et civilisés. Le système de guerre et les idées de valeur peuvent se former sur différents principes ; mais l'homme ne se montre dans aucune situation plus supérieur au sentiment du clanger et à la crainte de la mort que dans l'état de société le plus simple et le moins cultivé.

Une autre vertu qui distingue les sauvages, c'est leur attachement à la communauté dont ils sont membres. La nature de leur union politique pourrait faire croire que ce lien doit être extrêmement faible ; mais il y a des circonstances qui rendent très puissante l'influence de cette forme d'association , tout imparfaite qu'elle est. Les tribus améri-

caines ne sont pas très peuplées : armées les unes eontre les autres , ou pour satisfaire d'anciennes inimitiés , ou pour venger des injures récentes , leurs intérêts et leurs opérations ne sont ni nombreux ni compliqués. Ce sont là des objets que l'esprit brut d'un sauvage peut comprendre aisément , et son cœur est capable de former des attachements si peu étendus. Il adhère avec chaleur à des mesures publiques dictées par des passions semblables à celles qui règlent sa conduite. De là cette ardeur avec laquelle les individus s'engagent dans les entreprises les plus périlleuses , lorsque la communauté les juge nécessaires. De là cette haine féroce et profonde qu'ils vouent aux ennemis publics ; de là ce zèle pour l'honneur de leur tribu, cet amour de leur patrie , qui les porte à braver le danger pour la faire triompher , et à supporter sans la moindre plainte les tourments les plus cruels pour ne pas la déshonorer.

Ainsi 9 dans toutes les situations , même les plus défavorables où des êtres humains puissent être placés , il y a des vertus qui appartiennent particulièrement à chaque état, des affections qu'il développe et un genre de bonheur qu'il procure. La nature bienfaisante fait plier l'esprit de l'homme à sa condition ; et ses idées et ses désirs ne s'étendent pas au-delà de la forme de société à laquelle il es! accoutumé: \a^ objets dr contemplation ou

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