LIVRE CINQUIÈME. ^5l
Quoique Cortez n'eût pas jusque là commandé 451g en chef, les qualités qu'il avait montrées en différentes occasions difficiles donnaient les plus grandes espérances, et tournaient vers lui tous les yeux de ses compatriotes, comme sur un homme capable des plus grandes choses. L'ardeur de la jeunesse , en trouvant des objets et des occupations propres à l'exercer, s'était calmée par degrés , et s'était tournée en une activité infatigable. L'impétuosité de son caractère , contenue par la discipline et adoucie par le commerce de ses égaux, n'était plus que la mâle franchise d'un soldat. Ces qualités étaient accompagnées d'une prudence calme dans ses plans, d'une vigueur soutenue dans l'exécution i et, ce qui est le caractère des génies supérieurs, de l'art de gagner la confiance et de gouverner l'esprit des hommes. 11 joignait enfin à tant de qualités les dons de la nature qui frappent le vulgaire et attirent le respect, une tournure agréable une adresse extraordinaire dans les exercices militaires, et une constitution capable de soutenir les plus grandes fatigues.
Aussitôt que les deux confidents de Velasquez lui eurent proposé Cortez , le gouverneur crut avoir trouvé ce qu'il cherchait en vain depuis si longtemps, un homme doué du talent de commander et qui ne fût pas pour lui un objet de jalousie. Il imaginait que le rang et la fortune de Cortez ne
iSl HISTOIRE DE l'aMÉRIQUE.
lui permettraient pas d'aspirer à l'indépendance. Il avait lieu de croire que la facilité avec laquelle il avait oublié lui-même ses anciens différents avec Cortez , et les grâces récentes qu'il venait de lui accorder, lui avaient gagné sa bienveillance ; il se flattait enfin qu'une nouvelle marque de confiance aussi honorable et à laquelle Cortez ne pouvait guère s'attendre , achèverait de le lui attacher pour
toujours.
n en devient Cortez reçut sa commission avec les plus vives -jieniotjaloux. expressions de respect et de reconnaissance pour le gouverneur. Il arbora sur-le-champ son drapeau à la porte de sa maison , se montra dans un appareil militaire, et prit toutes les marques de sa nouvelle dignité. Il employa son activité et son crédit à déterminer plusieurs de ses amis à le suivre , et à presser les préparatifs de son voyage. Tous ses fonds et tout l'argent qu'il put recueillir, en hypothéquant ses terres et ses Indiens , furent employés à acheter des munitions de guerre et des provisions, ou à fournir aux besoins de ceux de ses officiers qui ne pouvaient pas s'équiper d'une manière convenable à leur rang1. Quelque innocente, quelque louable même que fut cette conduite , les concurrents auxquels il avait été préfère parvinrent à y donner une tournure défavorable. Ils le représentèrent comme travaillant sans heau-
(i) Voyez la noie <>-■