LIVRE CINQUIÈME
coup de déguisement à se donner un empire absolu 1578 sur les troupes 7 et cherchant a s'assurer leur respect et leur dévouement par l'ostentation d'une libéralité intéressée. Ils rappelèrent à Velasquez ses anciens démêlés avec l'homme à qui il venait imprudemment de montrer une si grande confiance, lui prédirent que Cortez se servirait de son nouveau pouvoir bien plutôt pour venger les injures anciennes qu'il avait essuyées , que pour reconnaître le bienfait qu'il venait de recevoir. Ces insinuations firent des impressions si profondes sur l'esprit soupçonneux du gouverneur , que Cortez reconnut bientôt dans sa conduite les marques de la défiance et du refroidissement; et, d'après les conseils de ses amis , Lares et Duero , il hâta son départ avant que les dispositions du gouverneur achevassent de se confirmer et d'éclater avec violence. Connaissant tout le danger d'un délai , il pressa ses préparatifs avec tant de promptitude , qu'il mit à la voile deSant-Iago de Cuba le 18 novembre. Velasquez , l'accompagnant au rivage , prit congé de lui avec l'apparence de la confiance et de l'amitié, mais après avoir chargé quelques-uns des officiers d'avoir toujours l'œil ouvert sur la conduite de leur commandant'.
Cortez alla descendre à la Trinité , petit établis- ]i veut lui sèment sur la même cote que Sant - Iago. Il y fut °'
(i) Cïomara, Cron. cap, ~. R. Diaz , ekap. 20.
ôter sa commission.
-1518 joint par plusieurs aventuriers, et reçut un renfort de munitions de guerre et de bouehe , dont il était assez mal pourvu. A peine avait-il quitté Sant-Iago, que la jalousie qui s'était emparée de l'ame de Velasquez s'accrut au point de ne pouvoir plus se contenir. L'armement n'étant plus sous ses yeux ni à ses ordres , il sentait que son pouvoir avait cessé , et que celui de Cortez devenait plus absolu. Son imagination grossissait toutes les circonstances qui avaient auparavant excité ses soupçons. Les rivaux de Cortez ramenaient avec adresse Velasquez sur toutes les réflexions qui pouvaient augmenter ses craintes ; ils appelèrent même la superstition à leur secours ; et > avec autant d'adresse que de méchanceté y ils tirèrent parti des prédictions d'un astrologue pour porter ses alarmes au plus haut degré. Le concours de tant de moyens produisit l'effet qu'on en attendait. Velasquez se repentit amèrement de la confiance qu'il avait accordée imprudemment à un homme dont la fidélité lui paraissait si suspecte, et il dépécha en hâte des instructions à Verdugo, principal magistrat a la Trinité1 , avec des ordres pour ôter à Cortez sa commission3; mais celui-ci avait déjà si bien gagné l'estime et la confiance de ses troupes, et se trouva si assuré de leur
(i) Francisco Verdûgb remplissait les fonctions de lieutenant de \ elos(|uez à la Trinité. (I). t. R.)
(•2) Kt même pour ^arrêter. (1). L. R.)