LIVRE CINQUIÈME
Enfin ils lui offrirent de verser tout leur sang pour le i 51 8 défendre contre Velasquez. Cortez céda aisément à des instances qui n'avaient pour objet que de le déterminer à faire ce qu'il desirait lui-même avec ardeur. Il jura de ne jamais abandonner des soldats qui lui avaient donné des preuves si éclatantes de leur attachement, et leur promit de les conduire incessamment à cette riche contrée qui était depuis si long- temps l'objet de leurs pensées et de leurs desirs. Cette déclaration fut accueillie avec des transports de joie et des applaudissements universels , accompagnés de menaces et d'imprécations contre tous ceux qui oseraient mettre en question l'autorité de leur général ou s'opposer à l'exécution de ses desseins.
Tous les préparatifs étaient faits pour son dé- Etat de ses part, et les Espagnols de Cuba avaient rassemblé forcestoutes leurs ressources pour cette expédition; mais, quoique chaque établissement y eût fourni des hommes et des provisions , quoique le gouverneur eût dépensé des sommes considérables , et que chaque aventurier eût employé tous ses fonds et tout son crédit , on ne peut s'empêcher d'être étonné de la faiblesse de l'armement , bien peu proportionné en effet à un aussi grand objet que la conquête d'un vaste empire. La flotte consistait en onze vaisseaux, dont le plus grand, honoré du titre d'amiral , n'était que de* cent tonneaux , trois de
1518 soixante -dix ou quatre-vingt tonneaux , et sept petites barques sans ponts. Elle portait six cent dixsept hommes , dont cinq cent huit soldats et cent neuf matelots et ouvriers. Les soldats étaient partagés en onze compagnies, selon le nombre des vaisseaux , chacune commandée par un capitaine qui avait en même temps le commandement du vaisseau et celui des troupes quand elles seraient à terre l. Comme l'usage des armes à feu parmi les nations de l'Europe était encore récent, et qu'on n'en donnait dans les armées qu'à un petit nombre de bataillons d'infanterie bien disciplinée, il n'y avait dans la troupe de Cortez que treize soldats armés de mousquets, trente-deux d'arquebuses, et le reste d'épées et de piques ; au lieu des armes défensives ordinaires , qui eussent été embarrassantes dans un pays chaud, les Espagnols avaient des cottes d'armes de coton piqué , qu'on avait reconnues être suffisantes pour garantir des flèches des Américains. Ils n'avaient que seize chevaux , dix petites pièces de campagne et quatre fauconneaux \ 4 54 9 C'est avec ces faibles moyens que Cortez mit à
io février. la Voile p0Ur aHer faire la guerre à un monarque ^eCuba.eP dont *es domaines étaient plus étendus que tous ceux de la couronne d'Espagne. Comme l'enthou-
(i) Voyez la note 98.
(2) R. Diaz , chap. r<).