LIVRE CINQUIEME. '2 5g
siasme religieux se mêlait , dans toutes les entre- 4518 prises des Espagnols ? avec l'esprit de découverte et de conquête , et , par une combinaison plus étrange , avec l'avidité même , leurs étendards portaient une grande croix avec cette épigraphe : Suivons la croix, car sous ce signe nous vaincrons. Les compagnons de Cortez, aussi avides de piller le riche pays qu'ils allaient chercher, que zélés pour y établir la foi chrétienne , étaient tellement animés de ces deux passions , qu'ils se mirent en mer, non pas avec l'inquiétude que doit exciter naturellement une expédition si périlleuse, mais avec cette confiance qui naît de la certitude du succès et de l'assurance de la protection du ciel.
Cortez, déterminé à visiter tous les endroits où II t0"che à Grijalva avait été , porta directement à l'île de Cozumel. Là, il eut le bonheur de racheter des Indiens Jérôme d'Aguilar, Espagnol qui avait été huit ans prisonnier parmi eux. Cet homme qui avait appris parfaitement un dialecte de la langue de cette partie de l'Amérique , répandue dans une grande étendue de pays , et qui avait d'ailleurs de la prudence et de l'adresse , fut extrêmement utile à Cortez en qualité d'interprète. De Cozumel , Cortez s'avança vers la rivière de Tabasco ' , dans l'espé-
(i) Cortez parti de Cozumel ou Coçumil le 4 mars i5i9, côtoya la péninsule de Yucatan jusqu'à la rio de Chiapa ou rivière de Grijalva. dans la province de Tabasco, où il arriva le i3 du même mois. (D. L. K,;
aÔO HISTOIRE DE i/ AMÉRIQUE.
1519 rance d'y être aussi bien reçu que Grijalva l'avait été , et d'en retirer une aussi grande quantité d'or. Mais la disposition des habitants était entièrement changée par des causes qu'on ne connaît pas. Apres beaucoup de tentatives pour les gagner, il fut obligé d'employer la violence. Quoique les Indiens fussent nombreux et qu'ils attaquassent courageusement, ils furent battus avec un grand car- > nage en différentes actions. Les pertes qu'ils firent, l'étonnement et la terreur que leur inspirèrent les effets destructeurs des armes à feu , enfin l'aspect effrayant des chevaux dans le combat , déconcertèrent leur courage et les forcèrent à demander la paix '. Ils reconnurent le roi de Castille pour leur souverain, et donnèrent à Cortez des provisions, des habits de coton, un peu d'or, et vingt femmes esclaves \
Cortez continua sa course à l'ouest , sans perdre , autant qu'il le pouvait , le rivage de vue , afin d'observer le pays ; mais il ne put trouver aucune place propre au débarquement , jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Saint-Jean de Ulua3. Comme il entrait dans le havre , un grand canot rempli d'Indiens , parmi
(1) La dernière bataille se donna le 2 5 mars i5io„ dans les plaines do Ceulla. Pour perpétuer la mémoire de son triomphe Cortès jeta en cet endroit les fondements d'une ville qu'il appela Santa Maria de la Vitoria, et qui devint par la suite la eapitale de la province.
(2) Voyez la note 99.
(3) B. Diaz, chap. 3i-36. Gomara, Croît, cap, 18-9. i. Herrera, Decari. JJ, li l>. I /", cap. 1 1 , etc.