LIVRE CINQUIÈME
aperçut et qui apprit que ces dessins devaient être 1519 envoyés à Montézuma, voulut donner à ce prince une idée plus vraie et plus imposante des objets étonnants qui se présentaient pour la première fois à la vue des Indiens, et qu'aucun mot de leur langue ne pouvait rendre ; pour cet effet , il résolut de les rendre témoins d'un spectacle qui pût leur mieux faire connaître la bravoure de ses soldats et la force irrésistible de leurs armes. Il fit sonner l'alarme par les trompettes. En un instant les troupes se mirent en bataille. L'infanterie exécuta plusieurs mouvements dans lesquels elle fit usage de ses différentes armes , et la cavalerie fit différentes évolutions pour montrer sa force et son agilité. L'artillerie enfin , dirigée sur les bois épais voisins du camp , fit un grand dégât dans les arbres. Les Mexicains virent d'abord les exercices militaires en silence et avec un étonnement qui est naturel lorsque l'esprit est frappé d'objets aussi nouveaux que redoutables; mais au bruit du canon plusieurs s'enfuirent , d'autres tombèrent de frayeur, et tous furent si épouvantés en voyant des hommes dont le pouvoir leur parut ressembler à celui des dieux , que Cortez eut beaucoup de peine à les ramener et à les rassurer. Leurs peintres employèrent tout leur art à représenter ces nouveaux objets , et leur imagination à inventer des figures et des caractères qui pussent rendre les choses extraordinaires dont ils venaient d être les témoins.
lôio On dépêcha sur-le-champ des courriers à Monte- Negocia- zuma chargés de lui remettre ces tableaux, et de
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Mantézuma. »* faire ^e vécA de ce qui s était passé depuis l'arrivée des Espagnols. Cortez envoyait en même temps au monarque quelques curiosités d'Europe de peu de valeur, mais qu'il crut pouvoir lui être agréables par leur nouveauté. Les rois du Mexique, pour être instruits promptement de tout ce qui se passait dans les parties les plus éloignées de leur vaste empire, avaient établi une police recherchée que l'Europe même ne connaissait pas encore. Jls avaient en différents endroits , sur les principales routes , des courriers qui , formés par l'éducation à une grande agilité, et se relevant les uns les autres à de médiocres distances , portaient les avis avec une célérité étonnante. Quoique la capitale où le monarque faisait sa résidence fût distante de cent quatre-vingt milles de Saint-Jean de Ulua , les présents de Cortez furent portés a l'empereur et sa réponse fut rapportée en peu de jours. Les mêmes officiers qui avaient jusque là traité avec les Espagnols furent chargés de la réponse du monarque' ; mais comme ils savaient combien les projets et les désirs du général étaient opposés aux résolutions que venait
(i) Kern. Diaz, témoin oculaire, et d'autres historiens parmi lesquels nous citerons Clavigero, prétendent que ce ne furent pas les mêmes officiers qui rapportèrent la réponse de Monté/mua; mais un ambassadeur extraordinaire que ce monarque crut devoir envoyer à Cortez. Robertson a suivi encore ici le récit de Solis.