LIVRE CINQUIÈME
de prendre Montézuma , ils ne crurent pas devoir \ 51 9 les notifier à Cortez sans avoir auparavant fait de nouveaux efforts pour l'adoucir. Afin de renouer la Les présents, négociation, ils offrirent donc les présents qu'envoyait Montézuma, et qui étaient portés par cent Indiens. La magnificence de ces dons répondait à la grandeur du monarque, et passait de beaucoup toutes les idées que les Espagnols s'étaient faites jusqu'alors des richesses du Mexique. On les plaça sur des nattes étendues à terre dans un ordre qui les faisait paraître avec plus d'avantage. Cortez et ses gens virent avec admiration les différentes productions de l'industrie du pays : c'étaient des étoffes de coton si belles et d'un tissu si fin , qu'elles égalaient les soieries ; des tableaux représentant des animaux, des arbres et d'autres objets qui n'étaient formés que de plumes de différentes couleurs , employées avec une adresse et une élégance qui le disputaient aux ouvrages du pinceau pour la vérité et la beauté de l'imitation. Mais ce qui attira surtout leurs regards , ce furent deux grands plats de forme circulaire , l'un dor massif, représentant le soleil , l'autre d'argent, emblème de la lune '. Il y avait en outre des bracelets, des colliers, des anneaux, et d'autres bijoux d'or; et, afin que les Espagnols pussent prendre une idée complète de toutes les richesse^ que fournissait le pays , des boîtes remplies de
( i) Voyez la note ioo.
iGS HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
1519 perles, de pierres précieuses, de grains d'or non travailles et tels qu'on les trouvait dans les mines et les rivières. Cortez reçut ces présents avec les démonstrations d'un respect profond pour le prince qui les lui envoyait. Mais quand les Mexicains, croyant désormais leur négociation plus facile , lui firent savoir que, quoique l'empereur lui eût envoyé ces présents comme une marque des égards qu'il avait pour le prince que Cortez représentait , il ne consentait point à ce que des troupes étrangères approchassent davantage de sa capitale , ou même demeurassent plus long-temps dans ses domaines , le général espagnol déclara plus positivement encore qu'auparavant qu'il ne se relâcherait point de sa première demande, et qu'il ne pourrait sans honte retourner auprès de son souverain , s'il n'avait été admis en la présence du prince qu'il était venu visiter de sa part. Les Mexicains , étonnés de voir un homme qui osait s'opposer à une volonté qu'ils étaient accoutumés à regarder comme irrésistible, effrayés en même temps du danger de précipiter leur pays dans une guerre ouverte avec de si terrihles ennemis , demandèrent et obtinrent de Cortez la promesse qu'il resterait dans son camp jusqu'au retour d'un messager qu'ils envoyaient à Montézuma pour recevoir de nouveaux ordres '.
(i) V». J)i;i/., chap. 3g. Gomma, Croit. <aj>. ■>.-. Heiterà, Dccad. ti,