LIVRE CINQUIÈME
et ne le mettaient pas en état de se décider avec la 1519 justesse et la promptitude nécessaires dans un moment si critique.
Depuis que les Espagnols avaient paru sur la cote, Sa perplexiil avait laissé voir tous les symptômes de l'embarras , „
J r reurs a 1 arri-
et de la crainte. Au lieu de prendre les résolutions vée des Espaque devaient lui inspirer le sentiment de son pou- s?° s sur
1 l l cotes.
voir et le souvenir de ses premiers exploits , il avait mis dans toutes ses délibérations une inquiétude et une indécision qui n'échappèrent pas aux derniers de ses courtisans. La perplexité et le trouble de Montézuma , aussi bien que le découragement de ses sujets, n'étaient pas seulement l'effet de la présence des Espagnols et de la terreur de leurs armes. On les attribue à des causes plus éloignées. Si l'on en croit les premiers historiens espagnols et les plus estimés, il y avait parmi les Américains une opinion presque universelle que quelque grande calamité les menaçait et leur serait apportée par une race de conquérants redoutables venant des régions de l'est pour dévaster leur contrée. On ne peut pas savoir si cette crainte était l'effet du souvenir de quelque grand bouleversement de cette partie du globe qui aurait frappé l'esprit de ses habitants de craintes superstitieuses sur l'avenir, ou seule-" ment l'effet de l'étonnement que causait la première vue de cette race d'hommes nouveaux qui se montrait en Amérique. Quoi qu'il en soit , comme les-
a négocier.
•l'J'l HISTOIRE DE L AMÉRIQUE.
4519 Mexicains étaient la nation la plus superstitieuse du Nouveau - Monde , ils furent plus fortement frappés de l'apparition des Espagnols, que leur crédulité leur représentait comme les instruments destinés à accomplir la fatale révolution qui les menaçait. Dans de pareilles circonstances , on conçoit plus facilement comment une poignée d'aventuriers put porter l'alarme au cœur du monarque d'un grand empire et de tous ses sujets \ il continue Cependant lorsque le messager arrivé du camp espagnol apporta la nouvelle que Cortez , persistant dans sa première demande , refusait d'obéir à l'ordre qui lui enjoignait de quitter le pays , Montézuma ? malgré ses terreurs , montra un moment de résolution; et dans un transport de colère, naturel à un prince orgueilleux qui n'avait jamais rencontré d'obstacle a ses volontés , il menaça de sacrifier à ses dieux ces insolents étrangers. Mais ses incertitudes et ses craintes revinrent bientôt , et , au lieu de donner des ordres pour mettre ses menaces à exécution ? il appela encore ses ministres pour consulter et prendre leur avis. Des hommes assemblés pour délibérer dans un moment où il faudrait agir ne prennent jamais que des mesures lentes et faibles. Le résultat du conseil ne fut poiu*
(i) Cortez, Rclationc seconda ap. Rainus, ///, 2 34, 235. Herrern , Decad. II, hb. III, cap. 1; lib. V, cap. 1 r; Ub. VU, cap. 6. Gomara, Cran. cap. 66, ga, \\ ».