‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 128 sur 161 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

tézuina, et un ordre définitif de ce monarque pour 4 519 que les étrangers eussent à quitter sur-le-chainp ses états. Mais, lorsque Cortez renouvela la demande d'une audience de l'empereur, le Mexicain le quitta brusquement , et sortit de son camp avec des regards et des gestes qui exprimaient toute sa surprise et tout son ressentiment. Le lendemain au matin, il ne parut aucun des Indiens qui avaient coutume de fréquenter le camp en grand nombre , et d'y apporter des provisions qu'ils échangeaient avec les soldats. Tout commerce parut cessé , et on s'attendait à tout moment à voir commencer les hostilités. Cet événement , quoiqu'on eût dû le prévoir, causa parmi les Espagnols une consternation subite qui enhardit les partisans de Velasquez non-seulement à murmurer et à cabaler contre leur général , mais à charger l'un d'entre eux de lui faire des remontrances sur l'imprudence qu'il y avait à tenter la conquête d'un grand empire avec des forces si insuffisantes; et de le presser de retourner à Cuba pour y ravitailler sa flotte et y augmenter son armée. Diego de Ordaz, un de ses principaux officiers, chargé de cette commission par les mécontents, s'en acquitta avec toute la liberté et la rudesse d'un soldat , en lui assurant qu'il exprimait le sentiment de toute l'armée. Cortez l'écouta sans la moindre apparence d'émotion ; et comme il connaissait bien les dispositions et le caractère de ses soldats , et qu'il

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1549 prévoyait la manière dont ils recevraient une proposition qui renversait en un instant toutes les belles espérances qu'ils avaient jusque là nourries, il porta la dissimulation jusqu'à paraître abandonner ses propres mesures pour se prêter aux représentations d'Ordaz , et donna des ordres pour que l'armée se tînt prête le jour suivant à se rembarquer pour Cuba. Dès que cette résolution fut connue , les aventuriers frustrés de leurs espérances se plaignirent et menacèrent. Les émissaires de Cortez, se joignant à eux, enflammèrent leur dépit. La fermentation devint générale. Tout le camp était au moment de se mutiner ; tous demandaient avec empressement à voir le général. Cortez ne se fit pas presser long-temps. A sa vue, ils exprimèrent tout d'une voix l'étonnement et l'indignation que leur causaient les ordres qu'ils venaient de recevoir. Il était honteux, disaient-ils, pour des Castillans, de s'effrayer au premier aspect du danger, et infâme de fuir avant que l'ennemi se fût même montré. Quant à eux , ils étaient déterminés à ne pas abandonner une entreprise qui avait été heureuse jusqu'à ce moment, et qui tendait si manifestement à répandre la connaissance de la religion, et à procurer à leur patrie tant de gloire et d'avantage. Heureux de marcher sous les ordres de Cortez , ils étaient disposés à le suivre au travers de tous les dangers pour former un établissement et recueillir tous les trésors qui faisaient depuis si long-temps

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